Pourquoi des pièces au nom des Chambres de commerce
Dès août 1914, l'or puis l'argent disparaissent de la circulation : on les garde chez soi. La petite monnaie manque pour rendre la monnaie au marché ou payer un tramway. Le ministère des Finances laisse alors les chambres de commerce, des villes et des groupements de commerçants émettre leurs propres billets et jetons de quelques centimes à quelques francs. Ce sont les monnaies de nécessité : en papier, en carton, en métal, elles se comptent par centaines de types différents.
Après la guerre, le franc a perdu une grande partie de son pouvoir d'achat. Une pièce de 2 francs en argent contient alors plus de métal que ce qu'elle permet d'acheter, et la Semeuse en argent cesse d'être frappée en 1920. Plutôt que de créer une monnaie d'État en métal commun, ce qui aurait reconnu la dépréciation du franc, les pouvoirs publics font frapper par la Monnaie de Paris une série unique au nom de l'ensemble des chambres de commerce. Juridiquement, c'est un bon remboursable, d'où la formule « bon pour ».
Ces pièces circulent jusqu'aux années 1930, aux côtés des types Morlon qui les remplacent à partir de 1931, puis sont démonétisées en 1949. Elles appartiennent à la période des monnaies de la Troisième République.
Dates à surveiller, essais et piéforts
Le premier tri se fait sur la date, lisible à l'exergue sous Mercure. Sur le 2 francs, le millésime 1927 est le plus recherché, avec moins de 1,7 million de pièces ; 1926 et 1920 viennent ensuite. Sur le 1 franc, c'est 1926 qui sort du lot, avec environ 1,6 million d'exemplaires, devant 1920 et 1927. Sur le 50 centimes, la date de 1929 clôt la série avec le plus petit tirage.
Les essais portent le mot « ESSAI » dans le champ. Le Franc en recense un pour chacune des trois pièces en 1920, et un second pour le 50 centimes en 1921. Des piéforts, c'est-à-dire des frappes sur flan nettement plus épais que la normale, datés 1920, sont signalés par certains catalogues pour le 50 centimes et le 1 franc ; Le Franc ne les recense pas. Ces pièces n'ont jamais circulé et restent dans les collections spécialisées.
Pour le reste, la plupart des exemplaires que l'on retrouve datent de 1921 à 1925. Leur intérêt tient surtout à l'état : une pièce aux reliefs nets et à la couleur d'origine se rencontre beaucoup moins qu'une pièce usée et brunie. Un numismate peut examiner un lot lors d'une estimation gratuite.
Variétés et faux : ce qu'il faut contrôler
Les catalogues consultés ne signalent pas de variété majeure de coin sur ces types : les distinctions portent sur l'année, l'essai et le piéfort. La vigilance porte donc sur la date. Aucun faux de ce type n'est décrit dans les sources consultées, mais une pièce courante dont le dernier chiffre aurait été retouché pour imiter 1926 ou 1927 reste possible. Comparez à la loupe la forme et l'alignement des chiffres avec ceux d'une pièce ordinaire, et cherchez des traces d'outil autour du millésime.
Contrôlez ensuite le poids et le diamètre : 8 g et 27 mm pour le 2 francs, 4 g et 23 mm pour le 1 franc, 2 g et 18 mm pour le 50 centimes. Une pièce trop légère, à la couleur trop orangée ou au relief mou mérite un second regard.
À l'époque, la loi de finances du 29 avril 1921 a étendu aux monnaies de nécessité la protection pénale contre la contrefaçon. Les méthodes générales sont réunies dans le guide pour reconnaître une fausse pièce.
Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : les états de conservation
Le bronze d'aluminium sort de la presse avec une couleur jaune vif, proche du laiton. Avec le temps, il fonce et prend une teinte bronze, parfois avec des taches sombres. Une pièce qui a gardé son éclat d'origine est l'exception.
Sur l'avers, l'usure attaque d'abord les points hauts de Mercure : le genou, l'épaule, les ailes du pétase. Le caducée et le gouvernail perdent ensuite leur netteté, puis le ballot se confond avec le champ. Les lettres « DOMARD » et « INV. », très petites, s'effacent vite et permettent de juger d'un coup d'œil une pièce très usée. Au revers, le texte en grandes lettres résiste longtemps ; regardez plutôt la corne d'abondance et la mention « BR. AL. ».
La majorité des exemplaires conservés dans les familles sont en état TB ou TTB. Ne les frottez pas et n'utilisez aucun produit : le métal prend des rayures et une couleur artificielle qui se repèrent immédiatement. Voir les guides sur les états de conservation et sur le nettoyage.
Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : les pièces à ne pas confondre
Les billets et jetons des chambres locales. Chaque chambre de commerce a pu émettre ses propres coupures, souvent en papier, au nom d'une ville ou d'une région. Les pièces « Bon pour » sont différentes : un seul type national, au nom des « Chambres de commerce de France », frappé à Paris.
Les types Morlon. À partir de 1931, des pièces de 50 centimes, 1 franc et 2 francs du même métal portent une tête de Marianne et la mention « République française ». Même couleur, même module, mais l'État y signe en son nom.
La Semeuse en argent. Les 50 centimes, 1 franc et 2 francs d'avant 1920 ont un dessin et un métal différents. La couleur suffit à les séparer.
Les monnaies coloniales. Plusieurs territoires ont reçu des pièces en bronze d'aluminium à la même époque ou plus tard ; leur légende indique toujours le territoire. Voir la fiche sur les monnaies coloniales françaises.