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Monnaies françaises · IIIe République

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce

1920-1929

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Le Havre · mise à jour le

Bon pour 1 franc des Chambres de commerce de France, avers : Mercure assis, légende COMMERCE INDUSTRIEBon pour 1 franc de 1922, revers : CHAMBRES DE COMMERCE DE FRANCE, BON POUR 1 FRANC
Photos : Paris Musées / musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir.
Fiche technique
MétalBronze d'aluminium (environ 91 % de cuivre, 9 % d'aluminium)
Poids2 g (50 centimes), 4 g (1 franc), 8 g (2 francs)
Diamètre18 mm (50 centimes), 23 mm (1 franc), 27 mm (2 francs)
Années de frappe1920 à 1927 pour le 1 franc et le 2 francs ; 1920 à 1929 pour le 50 centimes
AtelierParis, sans lettre d'atelier
GraveurJoseph-François Domard (« DOMARD INV. »)
Démonétisation5 août 1949
RéférencesLe Franc F.191 (50 c), F.218 (1 F), F.267 (2 F) ; KM 884, 876 et 877
Catégoriesfrançaises

Ces pièces jaunes, signées « COMMERCE INDUSTRIE » autour d'un Mercure assis, ont remplacé la petite monnaie d'argent dans les poches des Français au début des années 1920. Le revers ne dit pas « République française » mais « Chambres de commerce de France, bon pour » : il s'agit d'une monnaie de nécessité, frappée en centaines de millions d'exemplaires. On en retrouve donc très souvent dans les boîtes de famille, presque toujours dans des dates courantes.

Identification

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : reconnaître la pièce

Bon pour 1 franc des Chambres de commerce de France, avers : Mercure assis, légende COMMERCE INDUSTRIE

Avers

Mercure, dieu du commerce, assis à gauche sur un ballot de marchandises, coiffé du pétase ailé. Il tient un caducée, s'appuie sur un gouvernail antique, et une corne d'abondance apparaît derrière lui. Légende : « COMMERCE INDUSTRIE ». À l'exergue, le millésime est placé entre « DOMARD » et « INV. ».

Bon pour 1 franc de 1922, revers : CHAMBRES DE COMMERCE DE FRANCE, BON POUR 1 FRANC

Revers

Légende circulaire « CHAMBRES DE COMMERCE DE FRANCE ». Au centre, sur trois lignes : « BON POUR », le chiffre, puis « FRANCS » (ou « FRANC », « CENTIMES »). Dessous, la corne d'abondance, différent de la Monnaie de Paris (CGB parle de la marque de la Régie des monnaies), et la mention « BR. AL. » pour bronze d'aluminium. Aucune lettre d'atelier : tout a été frappé à Paris.

Tranche
Cannelée sur le 2 francs. Pour le 1 franc et le 50 centimes, les catalogues consultés ne s'accordent pas (lisse ou cannelée).
Graveur
Joseph-François Domard (1792-1858), graveur de médailles. Le Mercure reprend un de ses modèles du XIXe siècle, d'où la mention « INV. » (il l'a inventé), alors qu'il était mort depuis plus de soixante ans.
Millésimes et tirages

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : les dates à connaître

Les trois pièces suivent le même calendrier jusqu'en 1927, puis seul le 50 centimes continue. Les années 1922 à 1925 donnent chaque fois des dizaines de millions d'exemplaires : ce sont les dates ordinaires. Regardez de plus près le 2 francs 1927, le 1 franc 1926, le 50 centimes 1929 et toutes les pièces datées 1920.

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : millésimes et tirages
AnnéePièceTirageRemarque
192050 centimesn. c.Essai seulement (F.191/1)
19201 francEnviron 590 000Première année, petit tirage ; essai connu à part
19202 francs14 362 786 (1920 et 1921)Moins courante que les années suivantes ; essai connu à part
192150 centimes8 691 867Première année de circulation ; un essai daté 1921 existe aussi
19211 franc54 571 959Courante
192250 centimes86 225 994Courante
19221 franc111 342 910Courante
19222 francs29 462 887Courante
192350 centimes119 583 707Plus gros tirage de la série
19231 franc140 137 683Plus gros tirage du 1 franc
19232 francs43 960 369Plus gros tirage du 2 francs
19242 francs29 631 410Courante ; chiffre discuté, voir la note
19251 franc36 522 732Courante
19252 francs31 606 872Courante
19261 franc1 579 575Date la plus rare du 1 franc
19262 francs2 962 351Peu courante
19271 franc11 815 745Dernière année, moins courante
19272 francs1 678 263Date la plus rare du 2 francs
192850 centimes10 329 430Le 50 centimes continue seul
192950 centimes6 668 514Dernière année, plus petit tirage du 50 centimes

Tirages relevés sur Stash of Coins et Coinvarieties (qui cite le Gadoury), et pour le 1 franc 1920 sur Numista (qui cite Le Franc) ; le 2 francs 1926 est confirmé par CGB. Numérotation des essais d'après Le Franc. Écarts connus : 29 931 000 pour le 2 francs 1924 chez Coinvarieties ; Coinvarieties donne pour le 1 franc 1921 le chiffre de 1922. Le tirage du 2 francs n'est publié que pour 1920 et 1921 réunis. Les années absentes du tableau ont des tirages ordinaires.

Pourquoi des pièces au nom des Chambres de commerce

Dès août 1914, l'or puis l'argent disparaissent de la circulation : on les garde chez soi. La petite monnaie manque pour rendre la monnaie au marché ou payer un tramway. Le ministère des Finances laisse alors les chambres de commerce, des villes et des groupements de commerçants émettre leurs propres billets et jetons de quelques centimes à quelques francs. Ce sont les monnaies de nécessité : en papier, en carton, en métal, elles se comptent par centaines de types différents.

Après la guerre, le franc a perdu une grande partie de son pouvoir d'achat. Une pièce de 2 francs en argent contient alors plus de métal que ce qu'elle permet d'acheter, et la Semeuse en argent cesse d'être frappée en 1920. Plutôt que de créer une monnaie d'État en métal commun, ce qui aurait reconnu la dépréciation du franc, les pouvoirs publics font frapper par la Monnaie de Paris une série unique au nom de l'ensemble des chambres de commerce. Juridiquement, c'est un bon remboursable, d'où la formule « bon pour ».

Ces pièces circulent jusqu'aux années 1930, aux côtés des types Morlon qui les remplacent à partir de 1931, puis sont démonétisées en 1949. Elles appartiennent à la période des monnaies de la Troisième République.

Dates à surveiller, essais et piéforts

Le premier tri se fait sur la date, lisible à l'exergue sous Mercure. Sur le 2 francs, le millésime 1927 est le plus recherché, avec moins de 1,7 million de pièces ; 1926 et 1920 viennent ensuite. Sur le 1 franc, c'est 1926 qui sort du lot, avec environ 1,6 million d'exemplaires, devant 1920 et 1927. Sur le 50 centimes, la date de 1929 clôt la série avec le plus petit tirage.

Les essais portent le mot « ESSAI » dans le champ. Le Franc en recense un pour chacune des trois pièces en 1920, et un second pour le 50 centimes en 1921. Des piéforts, c'est-à-dire des frappes sur flan nettement plus épais que la normale, datés 1920, sont signalés par certains catalogues pour le 50 centimes et le 1 franc ; Le Franc ne les recense pas. Ces pièces n'ont jamais circulé et restent dans les collections spécialisées.

Pour le reste, la plupart des exemplaires que l'on retrouve datent de 1921 à 1925. Leur intérêt tient surtout à l'état : une pièce aux reliefs nets et à la couleur d'origine se rencontre beaucoup moins qu'une pièce usée et brunie. Un numismate peut examiner un lot lors d'une estimation gratuite.

Variétés et faux : ce qu'il faut contrôler

Les catalogues consultés ne signalent pas de variété majeure de coin sur ces types : les distinctions portent sur l'année, l'essai et le piéfort. La vigilance porte donc sur la date. Aucun faux de ce type n'est décrit dans les sources consultées, mais une pièce courante dont le dernier chiffre aurait été retouché pour imiter 1926 ou 1927 reste possible. Comparez à la loupe la forme et l'alignement des chiffres avec ceux d'une pièce ordinaire, et cherchez des traces d'outil autour du millésime.

Contrôlez ensuite le poids et le diamètre : 8 g et 27 mm pour le 2 francs, 4 g et 23 mm pour le 1 franc, 2 g et 18 mm pour le 50 centimes. Une pièce trop légère, à la couleur trop orangée ou au relief mou mérite un second regard.

À l'époque, la loi de finances du 29 avril 1921 a étendu aux monnaies de nécessité la protection pénale contre la contrefaçon. Les méthodes générales sont réunies dans le guide pour reconnaître une fausse pièce.

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : les états de conservation

Le bronze d'aluminium sort de la presse avec une couleur jaune vif, proche du laiton. Avec le temps, il fonce et prend une teinte bronze, parfois avec des taches sombres. Une pièce qui a gardé son éclat d'origine est l'exception.

Sur l'avers, l'usure attaque d'abord les points hauts de Mercure : le genou, l'épaule, les ailes du pétase. Le caducée et le gouvernail perdent ensuite leur netteté, puis le ballot se confond avec le champ. Les lettres « DOMARD » et « INV. », très petites, s'effacent vite et permettent de juger d'un coup d'œil une pièce très usée. Au revers, le texte en grandes lettres résiste longtemps ; regardez plutôt la corne d'abondance et la mention « BR. AL. ».

La majorité des exemplaires conservés dans les familles sont en état TB ou TTB. Ne les frottez pas et n'utilisez aucun produit : le métal prend des rayures et une couleur artificielle qui se repèrent immédiatement. Voir les guides sur les états de conservation et sur le nettoyage.

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : les pièces à ne pas confondre

Les billets et jetons des chambres locales. Chaque chambre de commerce a pu émettre ses propres coupures, souvent en papier, au nom d'une ville ou d'une région. Les pièces « Bon pour » sont différentes : un seul type national, au nom des « Chambres de commerce de France », frappé à Paris.

Les types Morlon. À partir de 1931, des pièces de 50 centimes, 1 franc et 2 francs du même métal portent une tête de Marianne et la mention « République française ». Même couleur, même module, mais l'État y signe en son nom.

La Semeuse en argent. Les 50 centimes, 1 franc et 2 francs d'avant 1920 ont un dessin et un métal différents. La couleur suffit à les séparer.

Les monnaies coloniales. Plusieurs territoires ont reçu des pièces en bronze d'aluminium à la même époque ou plus tard ; leur légende indique toujours le territoire. Voir la fiche sur les monnaies coloniales françaises.

Au Havre

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce en Normandie

Comme ailleurs en Normandie et dans toute la France, la Chambre de commerce du Havre a émis pendant la guerre ses propres coupures de petite somme. Des catalogues en ligne signalent ainsi des bons de 1916 et de 1917 au nom de la Chambre de commerce du Havre, dont un bon de deux francs émis avec la Ville du Havre. Les pièces « Bon pour » de 1920 à 1929, frappées à Paris et sans lettre d'atelier, ont pris la suite de ces émissions locales ; aucune n'a été frappée à l'atelier de Rouen, qui ne frappait plus depuis 1857.

Bon pour 50 centimes, 1 franc et 2 francs des Chambres de commerce : questions fréquentes

Ces pièces sont-elles de vraies monnaies ou des jetons ?

Juridiquement, ce sont des bons émis au nom des chambres de commerce, d'où la mention « bon pour ». Dans la pratique, elles ont circulé comme la monnaie ordinaire, ont été frappées par la Monnaie de Paris et n'ont été démonétisées qu'en 1949.

Quelles dates sont les plus recherchées ?

Le 2 francs 1927, le 1 franc 1926 et le 50 centimes 1929, qui ont les plus petits tirages de chaque série, ainsi que les pièces datées 1920. Les essais marqués « ESSAI » et les piéforts sont à part.

Pourquoi le nom DOMARD sur une pièce des années 1920 ?

Le Mercure reprend un modèle du graveur Joseph-François Domard, mort en 1858. « INV. » signifie qu'il en est l'inventeur : le dessin a été réutilisé, pas créé pour l'occasion.

Ma pièce est brune et tachée : faut-il la nettoyer ?

Non. Le bronze d'aluminium fonce naturellement. Un nettoyage laisse des rayures et une couleur artificielle qui se voient tout de suite. Gardez-la telle quelle.

Pour aller plus loin
Sources