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Monnaies françaises · Colonies et protectorats

Monnaies des colonies et protectorats français

Colonies et protectorats · 1885-1956

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Le Havre · mise à jour le

AversRevers
Photo à venir.
Fiche technique
PaysColonies et protectorats
MétalArgent 900 ‰ ou 680 ‰, cupronickel, bronze, bronze d'aluminium, aluminium, zinc, selon le type
Piastre de commerce 1895-1928Argent 900 ‰, 27 g, 39 mm
Piastre de 1931Argent 900 ‰, 20 g, 35 mm
Années de frappe1885 à 1956 pour les types présentés ici
AteliersParis (A ou différents seuls) pour l'essentiel ; Birmingham (H) pour la piastre de 1922 ; Pretoria (SA) pour l'AEF et Madagascar en 1943 ; aucune frappe à Rouen (B)
TrancheCannelée sur les pièces d'argent
RéférencesLecompte (Lec) pour les monnaies coloniales ; KM 5a pour la piastre de 1895-1928, KM 93 pour les 100 francs d'Algérie
Catégoriesfrançaises

Une grosse pièce d'argent marquée « PIASTRE DE COMMERCE », un franc percé d'un trou, une pièce jaune frappée d'une croix de Lorraine : ces monnaies viennent des territoires que la France administrait. Le nom du territoire est presque toujours écrit en clair, parfois doublé d'une légende en arabe ou en caractères chinois. On les retrouve dans les familles parce que des militaires, des fonctionnaires et des marins les ont ramenées de leurs séjours outre-mer.

Identification

Monnaies des colonies et protectorats français : reconnaître la pièce

Avers

Piastre de commerce : Marianne assise tenant un faisceau, date à l'exergue, légende « REPUBLIQUE FRANÇAISE ». Maroc et Tunisie : légendes en arabe avec le nom du souverain et l'année de l'hégire sur une face. Algérie 1949-1956 : tête de Marianne et « REPUBLIQUE FRANÇAISE ». Afrique et Madagascar : Marianne, ou la croix de Lorraine sur les frappes de 1943.

Revers

Le nom du territoire en toutes lettres : « INDO-CHINE FRANÇAISE », « MAROC », « ALGERIE », « AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE », « AFRIQUE EQUATORIALE FRANÇAISE », « MADAGASCAR », « GUADELOUPE ET DEPENDANCES », « MARTINIQUE ». La piastre de 1895-1928 indique aussi « TITRE 0,900 POIDS 27 GR ».

Tranche
Cannelée sur la piastre de commerce et sur les pièces d'argent ; lisse sur la plupart des pièces d'aluminium et de bronze.
Graveur
Selon les types : Barre pour la piastre de commerce (prénom discuté), Edmond-Émile Lindauer pour la piastre de 1931 et les pièces d'argent marocaines de 1928, Pierre Turin pour les pièces d'Algérie, Lucien Bazor pour l'aluminium d'AOF de 1948, Pierre-Alexandre Morlon pour le modèle repris en AOF en 1944.
Millésimes et tirages

Monnaies des colonies et protectorats français : les dates à connaître

Le tableau ne suit pas l'ordre des années mais celui des territoires. Il réunit les types que l'on rencontre le plus souvent dans un tiroir de famille, pas l'ensemble des frappes coloniales. Commencez par le nom écrit sur la pièce, puis cherchez la dénomination et l'année.

Monnaies des colonies et protectorats français : millésimes et tirages
TerritoirePièceAnnéesMétal / Remarque
IndochinePiastre de commerce, premier type1885-1895Argent 900 ‰, 27,215 g ; poids inscrit au revers, moins fréquente que le second type
IndochinePiastre de commerce, second type1895-1928Argent 900 ‰, 27 g, 39 mm ; « POIDS 27 GR » ; la plus répandue
IndochinePiastre réduite1931Argent 900 ‰, 20 g, 35 mm ; graveur Lindauer ; dernière piastre en argent
Indochine10, 20 et 50 cents1885-1937Argent ; 50 cents de 13,5 g après 1895 ; le 20 cents passe au billon en 1920
Indochine1 cent troué1896-1939Bronze percé au centre
Indochine1/4 cent, 1 cent, 5 cents « État français »1942-1944Zinc ou aluminium, troués
Maroc25 et 50 centimes, 1 francDès 1921Premier monnayage du franc marocain ; 25 centimes troué
Maroc5, 10 et 20 francs Mohammed V1928-1934 (1347 et 1352 H)Argent (680 ‰ pour le 10 francs, de 10 g) ; graveur Lindauer
Maroc1, 2 et 5 francsSérie 1951-1953Aluminium
Maroc10, 20 et 50 francsSérie 1951-1953Bronze d'aluminium
Maroc100 et 200 francsSérie 1951-1953Argent
Tunisie50 centimes, 1 et 2 francs1891-1921, puis 1 et 2 francs jusqu'en 1928Argent, mêmes modules que les pièces françaises ; nom du bey en arabe
Tunisie20 francs Ahmed II1930-1938Argent 680 ‰, 20 g, 35 mm ; type Lindauer puis type Bazor
TunisiePièces de Lamine Bey, dont 50 et 100 francsAnnées 1950Cupronickel
Algérie20 francs1949 et 1956Cupronickel, 5,4 g ; graveur Turin
Algérie50 francs1949Cupronickel, 8,2 g
Algérie100 francs1950 et 1952Cupronickel ; 22 189 000 et 12 000 000 exemplaires
AOF50 centimes et 1 franc1944Alliage jaune, reprise du modèle Morlon
AOF1 et 2 francs1948-1955Aluminium ; graveur Bazor
AOF5, 10 et 25 francs1956Bronze d'aluminium
AEF50 centimes et 1 franc1943Bronze, croix de Lorraine, frappe de Pretoria (SA)
Madagascar50 centimes et 1 franc1943Bronze, frappe de Pretoria (SA)
Madagascar1 franc1948 et suivantesAluminium, 23 mm, frappe de Paris
Guadeloupe50 centimes et 1 franc1903 et 1921Cupronickel
Martinique50 centimes et 1 franc1897 et 1922Cupronickel ; 1 franc de 8 g, 26 mm

Années et métaux d'après Numista, les articles Wikipédia sur les monnaies de chaque territoire et les fiches Cnumis ; tirages de l'Algérie d'après le Lecompte cité par Numista. Les dates hégiriennes sont celles inscrites sur les pièces. Les essais, piéforts et frappes de prestige ne figurent pas dans cette liste.

La piastre de commerce et les petites pièces d'Indochine

La piastre de commerce est la pièce la plus lourde de cet ensemble. Elle a été créée pour remplacer, dans les échanges d'Extrême-Orient, les piastres mexicaines et les dollars d'argent qui circulaient déjà. La Monnaie de Paris en frappe une première version en 1885, à 27,215 g, puis une seconde en 1895, ramenée à 27 g. Les deux poids sont écrits au revers, ce qui permet de les séparer sans balance : lisez simplement la ligne « POIDS ».

Le second type, frappé jusqu'en 1928, est de loin le plus fréquent. En 1931, la piastre est rattachée au franc et une pièce plus petite, de 20 g, la remplace, avec un portrait signé Lindauer. Elle est la dernière piastre en argent.

Autour de la piastre gravitent les divisionnaires : 10, 20 et 50 cents en argent, dont les modules suivent ceux de la piastre, et surtout le cent en bronze percé au centre, frappé de 1896 à 1939. Ce trou reprend la forme des sapèques locales, que l'on portait enfilées sur une ficelle. Pendant la guerre, l'administration de Vichy fait frapper des pièces trouées en zinc et en aluminium marquées « ÉTAT FRANÇAIS ». Toutes ces pièces de l'Indochine portent la mention du territoire et souvent des caractères chinois, ce qui les distingue des monnaies étrangères d'Asie.

Maroc, Tunisie, Algérie

Les deux protectorats ont gardé leur souverain, et cela se lit sur les pièces. Au Maroc, le franc est créé en 1920 et la Monnaie de Paris frappe les premières pièces en 1921. Les 5, 10 et 20 francs en argent de 1928 et 1933, gravés par Lindauer, portent l'année de l'hégire, 1347 ou 1352. Entre 1951 et 1953 viennent des 1, 2 et 5 francs en aluminium, des 10, 20 et 50 francs en bronze d'aluminium et deux pièces d'argent de 100 et 200 francs.

En Tunisie, le franc remplace le rial en 1891. Les premières pièces reprennent les poids et les alliages français : un 2 francs tunisien ressemble à un 2 francs de la métropole, mais une face est rédigée en arabe avec le nom du bey. Les dernières petites pièces d'argent de cette première série datent de 1921, mais des 1 et 2 francs en argent sont encore frappés jusqu'en 1928. L'argent revient dans les années 1930 avec des 5, 10 et 20 francs au nom d'Ahmed II, le 20 francs au titre de 680 ‰. Des pièces de cupronickel aux armes de Lamine Bey, dont les 50 et 100 francs, ferment la série.

L'Algérie, elle, utilisait les pièces de la métropole. Seules trois pièces lui sont propres : 20 francs (1949 et 1956), 50 francs (1949) et 100 francs (1950 et 1952), en cupronickel, signées Pierre Turin. Elles portent une Marianne et le mot « ALGERIE ». Elles complètent les monnaies françaises d'après-guerre de la même époque.

Afrique, Madagascar et Antilles

Les pièces d'Afrique occidentale française sont apparues tardivement. En 1944, des 50 centimes et des 1 franc reprennent le modèle de Morlon que l'on connaît en métropole. En 1948, des 1 et 2 francs en aluminium signés Bazor prennent le relais, suivis en 1956 de 5, 10 et 25 francs en bronze d'aluminium.

L'Afrique équatoriale française et Madagascar ont en commun une série frappée en 1943 à Pretoria, en Afrique du Sud, pour la France libre. Les pièces de bronze de l'AEF portent une croix de Lorraine et la lettre SA, marque de cet atelier. Après la guerre, Madagascar reçoit des francs en aluminium frappés à Paris.

Aux Antilles, la Guadeloupe et la Martinique ont eu des 50 centimes et des 1 franc en cupronickel, frappés à quelques dates seulement : 1897 et 1922 pour la Martinique, 1903 et 1921 pour la Guadeloupe. Ces pièces sont moins fréquentes que les séries africaines d'après-guerre.

Dans un lot, ces pièces se trient d'abord par territoire, puis par métal. L'aluminium et le bronze d'aluminium d'après 1944 sont les plus courants ; l'argent et les frappes antillaises demandent plus d'attention.

Variétés, faux et pièces à ne pas confondre

La piastre de commerce a été très imitée en Asie. Des contrefaçons coulées, souvent en métal pauvre recouvert d'argent, circulaient dès l'époque ; des moules en zinc destinés à les fabriquer sont même conservés. Une pièce coulée se reconnaît à sa surface granuleuse, à des lettres molles et à une cannelure irrégulière. Contrôlez le poids (27 g pour le second type) et le diamètre (39 mm). Certaines piastres authentiques portent de petits poinçons frappés par des changeurs pour attester l'argent : ce ne sont pas des faux, mais il faut les signaler.

Plusieurs confusions reviennent. Le 2 francs tunisien en argent peut passer pour un 2 francs de la métropole si l'on ne retourne pas la pièce. Les 1 et 2 francs en aluminium d'AOF ont des équivalents en AEF et à Madagascar, au dessin proche : lisez le nom du territoire. Les 20 et 100 francs d'Algérie ressemblent aux francs Guiraud et Cochet par le métal, mais pas par le dessin. Enfin, de nombreux essais et piéforts existent pour presque tous ces territoires ; ils portent le mot « ESSAI » et restent l'affaire des collections spécialisées. Le guide des fausses pièces détaille d'autres contrôles.

Monnaies des colonies et protectorats français : les états de conservation

Sur la piastre de commerce, l'usure attaque en général d'abord le genou et l'épaule de Marianne, puis les plis de sa robe et les lettres du faisceau. Au revers, les feuilles de la couronne perdent leurs nervures avant que l'inscription du poids ne s'efface. Une piastre ayant beaucoup circulé reste lisible, mais les détails du visage disparaissent.

L'aluminium se raye et se marque très facilement : une pièce d'AOF ou de Madagascar présente souvent des coups sur le champ, même sans avoir longtemps servi. Le bronze d'aluminium fonce et se tache. Le cupronickel des pièces d'Algérie et des Antilles prend une teinte grise qui n'altère pas le relief ; observez plutôt les cheveux de Marianne.

Ne cherchez pas à rendre une pièce coloniale brillante. Un nettoyage efface la patine et laisse des rayures visibles à la loupe. Le guide des états de conservation explique chaque degré, et celui sur le nettoyage montre ce qu'il faut éviter. Pour un lot mêlant plusieurs territoires, une estimation gratuite permet de faire le tri avec un numismate.

Au Havre

Monnaies des colonies et protectorats français en Normandie

Le port du Havre a été l'un des points de départ du commerce maritime avec l'outre-mer. La Compagnie des Chargeurs Réunis y est fondée en 1872 ; ses lignes relient Le Havre au Brésil, à l'Argentine et à la côte d'Afrique de l'Ouest ; en 1889, la presse annonce qu'elle obtient le service du Havre vers le Congo. Les monnaies coloniales ramenées par les équipages et les passagers ne doivent rien à l'atelier normand : Rouen avait cessé de frapper en 1857, avant la création de ces pièces, et aucune ne porte la lettre B. L'histoire de cet atelier est racontée sur la page de l'atelier de Rouen.

Monnaies des colonies et protectorats français : questions fréquentes

Ma piastre indique « POIDS 27,215 GR » : est-ce une erreur ?

Non. C'est le premier type, frappé de 1885 à 1895, avant que le poids soit ramené à 27 g. Il se rencontre moins que le second type.

Les pièces coloniales sont-elles en argent ?

Seulement certaines : la piastre de commerce et les cents d'argent d'Indochine, les 5, 10 et 20 francs marocains de 1928-1934, les petites pièces tunisiennes jusqu'en 1928 et les 5, 10 et 20 francs tunisiens des années 1930. Les pièces d'Algérie, d'Afrique, de Madagascar et des Antilles sont en métal commun.

Pourquoi le cent d'Indochine est-il troué ?

Il reprend la forme des sapèques, les petites monnaies locales que l'on enfilait sur une ficelle pour les compter et les transporter.

Que signifie SA sur une pièce d'AEF ou de Madagascar de 1943 ?

C'est la marque de l'atelier de Pretoria, en Afrique du Sud, qui a frappé ces pièces pour la France libre pendant la guerre.