La piastre de commerce et les petites pièces d'Indochine
La piastre de commerce est la pièce la plus lourde de cet ensemble. Elle a été créée pour remplacer, dans les échanges d'Extrême-Orient, les piastres mexicaines et les dollars d'argent qui circulaient déjà. La Monnaie de Paris en frappe une première version en 1885, à 27,215 g, puis une seconde en 1895, ramenée à 27 g. Les deux poids sont écrits au revers, ce qui permet de les séparer sans balance : lisez simplement la ligne « POIDS ».
Le second type, frappé jusqu'en 1928, est de loin le plus fréquent. En 1931, la piastre est rattachée au franc et une pièce plus petite, de 20 g, la remplace, avec un portrait signé Lindauer. Elle est la dernière piastre en argent.
Autour de la piastre gravitent les divisionnaires : 10, 20 et 50 cents en argent, dont les modules suivent ceux de la piastre, et surtout le cent en bronze percé au centre, frappé de 1896 à 1939. Ce trou reprend la forme des sapèques locales, que l'on portait enfilées sur une ficelle. Pendant la guerre, l'administration de Vichy fait frapper des pièces trouées en zinc et en aluminium marquées « ÉTAT FRANÇAIS ». Toutes ces pièces de l'Indochine portent la mention du territoire et souvent des caractères chinois, ce qui les distingue des monnaies étrangères d'Asie.
Maroc, Tunisie, Algérie
Les deux protectorats ont gardé leur souverain, et cela se lit sur les pièces. Au Maroc, le franc est créé en 1920 et la Monnaie de Paris frappe les premières pièces en 1921. Les 5, 10 et 20 francs en argent de 1928 et 1933, gravés par Lindauer, portent l'année de l'hégire, 1347 ou 1352. Entre 1951 et 1953 viennent des 1, 2 et 5 francs en aluminium, des 10, 20 et 50 francs en bronze d'aluminium et deux pièces d'argent de 100 et 200 francs.
En Tunisie, le franc remplace le rial en 1891. Les premières pièces reprennent les poids et les alliages français : un 2 francs tunisien ressemble à un 2 francs de la métropole, mais une face est rédigée en arabe avec le nom du bey. Les dernières petites pièces d'argent de cette première série datent de 1921, mais des 1 et 2 francs en argent sont encore frappés jusqu'en 1928. L'argent revient dans les années 1930 avec des 5, 10 et 20 francs au nom d'Ahmed II, le 20 francs au titre de 680 ‰. Des pièces de cupronickel aux armes de Lamine Bey, dont les 50 et 100 francs, ferment la série.
L'Algérie, elle, utilisait les pièces de la métropole. Seules trois pièces lui sont propres : 20 francs (1949 et 1956), 50 francs (1949) et 100 francs (1950 et 1952), en cupronickel, signées Pierre Turin. Elles portent une Marianne et le mot « ALGERIE ». Elles complètent les monnaies françaises d'après-guerre de la même époque.
Afrique, Madagascar et Antilles
Les pièces d'Afrique occidentale française sont apparues tardivement. En 1944, des 50 centimes et des 1 franc reprennent le modèle de Morlon que l'on connaît en métropole. En 1948, des 1 et 2 francs en aluminium signés Bazor prennent le relais, suivis en 1956 de 5, 10 et 25 francs en bronze d'aluminium.
L'Afrique équatoriale française et Madagascar ont en commun une série frappée en 1943 à Pretoria, en Afrique du Sud, pour la France libre. Les pièces de bronze de l'AEF portent une croix de Lorraine et la lettre SA, marque de cet atelier. Après la guerre, Madagascar reçoit des francs en aluminium frappés à Paris.
Aux Antilles, la Guadeloupe et la Martinique ont eu des 50 centimes et des 1 franc en cupronickel, frappés à quelques dates seulement : 1897 et 1922 pour la Martinique, 1903 et 1921 pour la Guadeloupe. Ces pièces sont moins fréquentes que les séries africaines d'après-guerre.
Dans un lot, ces pièces se trient d'abord par territoire, puis par métal. L'aluminium et le bronze d'aluminium d'après 1944 sont les plus courants ; l'argent et les frappes antillaises demandent plus d'attention.
Variétés, faux et pièces à ne pas confondre
La piastre de commerce a été très imitée en Asie. Des contrefaçons coulées, souvent en métal pauvre recouvert d'argent, circulaient dès l'époque ; des moules en zinc destinés à les fabriquer sont même conservés. Une pièce coulée se reconnaît à sa surface granuleuse, à des lettres molles et à une cannelure irrégulière. Contrôlez le poids (27 g pour le second type) et le diamètre (39 mm). Certaines piastres authentiques portent de petits poinçons frappés par des changeurs pour attester l'argent : ce ne sont pas des faux, mais il faut les signaler.
Plusieurs confusions reviennent. Le 2 francs tunisien en argent peut passer pour un 2 francs de la métropole si l'on ne retourne pas la pièce. Les 1 et 2 francs en aluminium d'AOF ont des équivalents en AEF et à Madagascar, au dessin proche : lisez le nom du territoire. Les 20 et 100 francs d'Algérie ressemblent aux francs Guiraud et Cochet par le métal, mais pas par le dessin. Enfin, de nombreux essais et piéforts existent pour presque tous ces territoires ; ils portent le mot « ESSAI » et restent l'affaire des collections spécialisées. Le guide des fausses pièces détaille d'autres contrôles.
Monnaies des colonies et protectorats français : les états de conservation
Sur la piastre de commerce, l'usure attaque en général d'abord le genou et l'épaule de Marianne, puis les plis de sa robe et les lettres du faisceau. Au revers, les feuilles de la couronne perdent leurs nervures avant que l'inscription du poids ne s'efface. Une piastre ayant beaucoup circulé reste lisible, mais les détails du visage disparaissent.
L'aluminium se raye et se marque très facilement : une pièce d'AOF ou de Madagascar présente souvent des coups sur le champ, même sans avoir longtemps servi. Le bronze d'aluminium fonce et se tache. Le cupronickel des pièces d'Algérie et des Antilles prend une teinte grise qui n'altère pas le relief ; observez plutôt les cheveux de Marianne.
Ne cherchez pas à rendre une pièce coloniale brillante. Un nettoyage efface la patine et laisse des rayures visibles à la loupe. Le guide des états de conservation explique chaque degré, et celui sur le nettoyage montre ce qu'il faut éviter. Pour un lot mêlant plusieurs territoires, une estimation gratuite permet de faire le tri avec un numismate.