Repérer une frappe de Rouen
Retournez la pièce et regardez le bas du revers, à côté de la date. Un B seul désigne l'atelier de Rouen. Ne le confondez pas avec deux B accolés, qui signalent un autre atelier, ni avec le B des pièces du XXe siècle, qui renvoie à Beaumont-le-Roger.
Vient ensuite la date. Un écu de 5 francs marqué B est forcément compris entre l'an 12 et 1844. Rouen n'a pas frappé l'Hercule du Directoire : sur ce type, aucun B n'apparaît dans les tables de Le Franc. À l'autre bout, le dernier écu de Rouen est le IIIe type Domard de 1844. Les types suivants, Hercule de 1848, Cérès, Louis-Napoléon et Napoléon III, ne portent jamais cette lettre.
Entre ces deux bornes, Rouen a frappé presque chaque type et presque chaque année. Les tirages vont de quelques milliers de pièces, comme l'an 13, à plus de six millions en 1837. Un B ne dit donc rien à lui seul : c'est la combinaison du type, de la date et de l'état qui situe la pièce. Pour l'histoire de l'atelier, voyez la page sur l'atelier de Rouen et le guide des ateliers monétaires.
Huit régimes sur un même flan
Le franc naît avec la loi du 28 thermidor an III (15 août 1795), qui prévoit une pièce de 5 francs en argent au dessin d'Augustin Dupré. La loi du 7 germinal an XI (1803) lie le franc à 5 g d'argent au titre de 900 ‰ : la pièce de 5 francs pèse donc 25 g. Ces normes ne changeront plus jusqu'en 1878.
Ce qui change, c'est l'image. Le Consulat et l'Empire mettent le profil de Bonaparte, puis de Napoléon. Louis XVIII et Charles X ramènent les armoiries royales et une tranche en latin. Louis-Philippe fait graver trois portraits successifs, ce qui explique la variété des écus des années 1830-1848. La IIe République revient à l'Hercule et crée la Cérès, Napoléon III impose son effigie, la IIIe République reprend l'Hercule.
En 1865, la France forme avec la Belgique, la Suisse et l'Italie l'Union latine : les écus de 5 francs des quatre pays ont les mêmes caractéristiques. La baisse de l'argent face à l'or conduit à arrêter leur frappe, et 1878 est la dernière date. Les pièces restent pourtant en circulation jusqu'à la Première Guerre mondiale. Pour situer la période, voyez les monnaies françaises du XIXe siècle.
Différents, tranches et contrefaçons
Les différents sont les deux symboles placés de part et d'autre de la date : l'un désigne le directeur de l'atelier, l'autre le graveur. Ils changent au fil des nominations et permettent de classer finement les pièces. À Paris en 1871, l'écu existe avec une abeille ou avec un trident ; le trident correspond aux pièces frappées sous la Commune.
La tranche sert aussi à séparer des variétés. En 1830 et 1831, les premiers écus de Louis-Philippe existent avec des lettres en creux ou en relief, y compris à Rouen, ce qui donne plusieurs sous-types pour une même date.
Côté faux, on rencontre des pièces d'époque coulées en étain ou en alliage blanc, faites pour passer dans le commerce, et des copies modernes. Les contrôles sont simples : 25 g sur la balance, 37 mm au pied à coulisse, une tranche aux lettres nettes et régulièrement espacées. Une surface poreuse, des lettres empâtées ou un son sourd doivent alerter. Le guide pour reconnaître une fausse pièce détaille la méthode.
Pièces voisines à ne pas confondre
Les écus de 5 francs étrangers de l'Union latine, belges, suisses, italiens, ont le même poids et le même module. Seuls la légende et le portrait les distinguent. Ils sont présentés avec les monnaies étrangères.
Les écus de l'Ancien Régime, d'avant 1793, sont un peu plus lourds, portent une légende latine au nom de Louis XIV, Louis XV ou Louis XVI et un nominal exprimé en livres. Ils ont leur propre fiche : les écus royaux en argent.
La 5 francs Semeuse des années 1960 et la 10 francs Hercule des années 1960-1970 reprennent des dessins anciens mais sont bien plus petites. Voyez la 5 francs Semeuse et la 10 francs Hercule.
Enfin, la lettre B de Beaumont-le-Roger, sur des pièces des années 1940 et 1950, n'a aucun lien avec Rouen.
Lire l'usure sur un écu
Ces pièces ont circulé pendant un siècle : la majorité se trouve dans les états « beau » ou « très beau ». Les exemplaires sans usure des règnes anciens sont peu nombreux.
- Sur l'Hercule, regardez le genou et la poitrine du héros, sa main posée sur l'épaule de la Liberté et les plis des vêtements.
- Sur un portrait, la mèche au-dessus de l'oreille, la pommette et le laurier s'aplatissent les premiers ; chez Louis-Philippe, les boucles à l'arrière du crâne.
- Au revers, la nervure des feuilles de la couronne ou les détails de la couronne royale ou impériale.
Le poids de l'écu explique aussi les chocs sur la tranche et les coups sur le champ. Une pièce frottée ou passée au produit prend un éclat blanc uniforme que les collectionneurs évitent : ne la nettoyez pas. Voyez les états de conservation et pourquoi ne pas nettoyer une pièce.