Mesurer avant de lire
Sur une pièce usée, la mention de la dénomination se lit parfois mal. Un pied à coulisse et une balance de cuisine précise au centième lèvent le doute en quelques secondes. Un 10 francs or mesure 19 mm et pèse 3,22 g ; le 20 francs, 21 mm et 6,45 g. La seule exception est le petit module de 1854-1855, d'environ 17 mm pour le même poids.
Attention à ne pas le confondre avec le 5 francs or de Napoléon III, plus petit encore et deux fois plus léger. Le portrait est le même, mais la mention « 5 FRANCS » figure au revers.
Il n'existe pas de 10 francs or au Génie : ce dessin a été réservé aux pièces de 20, 50 et 100 francs. Si l'on vous présente un « 10 francs Génie », il s'agit d'une confusion avec le 20 francs Génie ou d'une imitation.
Le Coq de 10 francs reprend trait pour trait le dessin du 20 francs Coq. Seule la mention « 10 Fcs » sous l'oiseau, et bien sûr la taille, les séparent.
Quatre visages de 1850 à 1914
Cérès (1850-1851, puis 1878-1899). La déesse des moissons porte une couronne d'épis. Sa première apparition, sous la IIe République, se fait à plus de trois millions d'exemplaires en 1851. Son retour sous la IIIe République reste confidentiel, autour de 2,4 millions de pièces en vingt ans.
Napoléon III tête nue (1854-1860). L'empereur apparaît sans couronne. En 1854 et 1855, la pièce est frappée en petit module ; elle passe ensuite à 19 mm en devenant plus mince, d'où la coexistence des deux tailles en 1855. C'est le type le plus produit, avec plus de 60 millions de pièces en grand module selon BDOR.
Napoléon III tête laurée (1862-1868). Une couronne de laurier ceint la tête de l'empereur. En 1862, un premier revers, dit hybride, montre un « 10 » plus petit que celui du type définitif.
Coq (1899-1914). Marianne au bonnet phrygien et coq dressé, par Jules-Clément Chaplain, sans lettre d'atelier. Environ 23,9 millions de pièces, toutes de Paris, sur douze années de frappe. Numista date sa démonétisation du 25 juin 1928. Pour situer ces règnes, voyez les monnaies françaises du XIXe siècle.
Les années à surveiller
Le tableau montre des écarts considérables. L'année 1857, à Paris, dépasse 14 millions de pièces ; la ligne 1855 BB, frappée à Strasbourg, n'en compte que 32 188, le plus petit tirage de toutes les pièces de 10 francs or destinées à la circulation. Celle de 1858, à 677 326 pièces, est également recherchée.
Sous la République, la Cérès de 1895 (213 999) est la plus faible des années courantes, suivie de 1896 (585 010). La Cérès de 1850, à 592 051 exemplaires, intéresse aussi les collectionneurs, avec ses deux variétés de coiffure. Pour le Coq, 1909 se distingue avec 598 795 pièces, et 1899 reste sous les 700 000.
Deux familles sont à part : les flans brunis de 1878 (30 pièces) et de 1889 (100 pièces), frappés pour des présentations, et les Coq sur flan mat de 1899 et 1900. On ne les trouve pas dans un héritage courant. Pour une date faible, la vérification par un numismate est utile : la page estimation de pièces explique la démarche.
Variétés et contrefaçons
Les variétés du 10 francs se lisent presque toujours à la loupe. En 1854, le petit module a d'abord reçu une tranche lisse, avec un A de grande ou de petite taille, avant de passer à la tranche cannelée. À Paris en 1860, la forme du 6 (fermé ou ouvert) et le différent abeille distinguent plusieurs émissions. Sous la tête laurée, l'atelier de Strasbourg (BB) a utilisé des lettres d'atelier petites ou grandes selon les années. La Cérès de 1850 se décline enfin selon la position de l'oreille dans la chevelure.
Côté copies, les types Napoléon III et Coq sont les plus imités. Une pièce aussi légère pardonne peu : un écart de plus de quelques centièmes de gramme doit alerter, comme une épaisseur inhabituelle pour 19 mm. Examinez la régularité des cannelures, la finesse des cheveux et la netteté des lettres. Une pièce percée, soudée ou retirée d'une monture de bijou garde son or, mais perd l'essentiel de son intérêt pour une collection. Le guide des fausses pièces décrit les contrôles à la portée de tous.
L'usure sur une petite pièce
À 19 mm, les reliefs sont fins et quelques années de poche suffisent à faire perdre un grade. Chaque type a ses points sensibles.
Napoléon III : les cheveux au-dessus de l'oreille et la barbiche s'aplatissent d'abord ; sur la tête laurée, ce sont les nervures des feuilles. Cérès : les grains des épis et les mèches du front ; quand les grains se confondent, la pièce est au mieux TB. Coq : les cheveux sous le bonnet de Marianne, puis le poitrail et l'aile du coq.
Les champs, réduits, rendent chaque rayure plus visible que sur un 20 francs. Ne cherchez pas à raviver l'éclat d'une pièce terne : le nettoyage laisse des traces définitives. Voyez pourquoi ne pas nettoyer une pièce et le guide des états de conservation, ainsi que la page des monnaies en or.