Un même module pour cinq régimes
La loi du 7 germinal an XI crée deux pièces d'or au titre de 900 millièmes : le 20 francs et son double, taillé à 77,5 exemplaires au kilogramme. Sous le Consulat et l'Empire, le 40 francs change de dessin en même temps que le 20 francs : Premier Consul, tête nue de l'Empereur, type de 1807, tête laurée avec revers républicain, enfin revers impérial de 1809 à 1813. Aucun 40 francs n'est daté de 1814 ni des Cent-Jours.
La Restauration conserve le module. Louis XVIII le fait frapper à partir de 1816, avec ses armes au revers et une prière latine sur la tranche. Charles X le reprend de 1824 à 1830, en plusieurs types. Louis-Philippe le maintient de 1831 à 1839, avant que la frappe ne s'arrête.
Pour les grosses pièces d'or suivantes, il faut attendre le Second Empire et les monnaies d'or de 50 et 100 francs. Sur l'ensemble de la période, il est sorti un peu plus de 5 millions de 40 francs, bien moins que de 20 francs : on en trouve donc moins dans les successions. Voyez aussi les monnaies françaises du XIXe siècle.
Les deux 40 francs de Rouen
L'atelier de Rouen n'a frappé ce module que deux fois, et à chaque fois en petite quantité. Le premier est un 40 francs Louis XVIII daté 1816, lettre B. BDOR et un catalogue de vente Künker donnent 767 pièces ; le catalogue Le Franc en compte 755 et ajoute que le chiffre réel est sans doute un peu plus élevé. C'est l'un des plus faibles tirages du règne, et la pièce est rare.
Le second est un 40 francs Louis-Philippe daté 1832, lettre B. Son tirage atteint 3 947 exemplaires selon BDOR, 3 929 selon Le Franc. Le reste du règne a été frappé à Paris, à l'exception de 1834 à Bayonne. Des exemplaires de 1832 B sur flan bruni sont aussi signalés, sans tirage connu.
Pour trouver la lettre, retournez la pièce : sous Louis XVIII, elle se place sous l'écu ; sous Louis-Philippe, sous la date, dans la couronne. Attention à ne pas prendre un A usé pour un B. Rouen n'a frappé aucun 40 francs au nom de Bonaparte, de Napoléon ou de Charles X, d'après les tableaux consultés. L'histoire de l'atelier est racontée sur la page de l'atelier de Rouen.
Tranches, points et lettres regravées
Sur ce module, les variétés se cachent dans de petits détails. La tranche d'abord : en 1830, Charles X existe avec des lettres en creux, des lettres en relief (1 324 exemplaires) ou une tranche lisse, dont le tirage n'est pas connu. Faites tourner la pièce sous une lampe pour voir si les lettres dépassent ou s'enfoncent.
La ponctuation ensuite : sur le Louis XVIII de 1824, on trouve la légende suivie de trois points ou sans point. Sur l'an XI, le revers existe avec ou sans olive dans la couronne. À Paris en 1811, la lettre d'atelier a parfois été gravée par-dessus le coq qui servait de différent. Le Louis-Philippe de 1831 existe avec ou sans étoile.
Ces différences ne se voient qu'avec une loupe ×10 et en comparant avec une photo de catalogue. Elles ne changent rien au métal, mais elles intéressent les collectionneurs qui suivent les variétés. Les ateliers éloignés, comme Turin (U) ou Gênes (CL), ajoutent leurs propres particularités, par exemple un « 14 » large ou serré pour l'an 14 de Turin.
Ni un napoléon, ni un 50 francs
Le 40 francs se confond d'abord avec le 20 francs du même règne. Mêmes portraits, même dessin de revers : seuls la taille, le poids et le chiffre diffèrent. Les fiches du 20 francs Napoléon Ier et des 20 francs de la Restauration et de Louis-Philippe présentent ces pièces de 21 mm et 6,45 g.
Le 50 francs or du Second Empire et de la IIIe République est un peu plus grand, 28 mm pour 16,13 g, et ses dates commencent en 1855 : aucun recouvrement possible avec un 40 francs, qui s'arrête en 1839. Le double louis de l'Ancien Régime a un format voisin, mais sa légende est latine et sa date antérieure à la Révolution ; voyez la fiche du louis d'or.
Pour les faux, partez de 12,90 g et 26 mm, puis examinez la tranche lettre par lettre. Un relief mou, des cheveux sans détail ou des champs granuleux doivent alerter. Une date très rare, comme 1823, 1826 ou 1827, se vérifie chiffre par chiffre : le maquillage d'une date courante est un procédé connu. Le guide des fausses pièces complète ces contrôles.
Juger l'usure d'une pièce de 26 mm
Sur un module aussi large, les défauts se voient bien. Côté portrait, l'usure touche d'abord la chevelure au-dessus de l'oreille, puis la joue. Pour Napoléon lauré, suivez les nervures des feuilles ; pour Louis XVIII et Charles X, les mèches du front et de la tempe ; pour Louis-Philippe, les boucles sur la nuque.
Côté revers, la couronne de feuillage, sous Napoléon et Louis-Philippe, ou l'écu aux fleurs de lis, sous la Restauration, servent de repère. Les fleurs de lis et les perles de la couronne royale sont parmi les premiers détails à s'effacer.
Une pièce lourde s'abîme aussi au contact des autres : chocs sur le listel, marques dans les champs, bords légèrement aplatis. Une monture, un trou ou une trace de soudure réduisent nettement l'intérêt d'un exemplaire. Gardez-le tel quel, sans le frotter, et reportez-vous aux guides sur les états de conservation et le nettoyage.