Trois rois, trois portraits
La loi de germinal an XI (1803) a fixé le 20 francs à 6,45 g d'or au titre de 900 ‰. Les rois revenus en 1814 conservent cette norme : seuls le portrait, la légende et le revers changent.
Louis XVIII apparaît d'abord en buste, vêtu de l'habit, en 1814-1815, puis le cou nu de 1816 à 1824. Sur le revers, l'écu aux trois lys couronné marque le retour de la monarchie. Pendant les Cent-Jours de 1815, Napoléon reprend brièvement la frappe à son effigie : la même année porte donc des pièces royales et impériales.
Charles X, roi de 1824 à 1830, garde l'écu aux lys et confie son portrait à Michaut. Son monnayage d'or est le plus mince des trois règnes, autour de 1,7 million de pièces.
Louis-Philippe, porté au trône par la révolution de juillet 1830, se dit « roi des Français ». Le revers abandonne l'écu pour une couronne de feuillage. Sa tête nue de 1830-1831 cède la place dès 1832 à une tête laurée, frappée jusqu'en 1848. Pour situer ces règnes, voyez les monnaies du XIXe siècle.
Les 20 francs de Rouen, de 1815 à 1835
L'atelier de Rouen n'a frappé ce type qu'à deux moments. En 1815, il produit 23 054 pièces au buste habillé de Louis XVIII : c'est sa seule contribution au 20 francs de ce roi, et l'année 1814 n'existe pas avec la lettre B.
Rouen revient à l'or sous Louis-Philippe. En 1831, il frappe 88 286 pièces à la tête nue de Tiolier d'après BDOR. Le Franc distingue deux variétés pour ce millésime, avec l'inscription de tranche en creux ou en relief. De 1832 à 1835, quatre années de tête laurée suivent : 14 976, 155 371, 77 226 puis 25 908 pièces. Après 1835, plus aucun 20 francs ne porte la lettre B ; l'atelier ferme en 1857-1858, comme Lille, Lyon et Marseille.
Au total, Rouen a donc frappé moins de 400 000 pièces de ce type, une petite part des quelque 29 millions sortis de tous les ateliers. Sur une pièce marquée B, vérifiez que l'année figure bien parmi 1815, 1831, 1832, 1833, 1834 et 1835 : une autre date signale une lettre mal lue ou une pièce retouchée. Le guide des ateliers présente les autres lettres.
Petites variétés et pièces retouchées
Les catalogues spécialisés détaillent plusieurs variétés faciles à vérifier à la loupe. En 1814, le 4 de la date se présente court ou long. En 1815, des ateliers de province ont regravé un 5 sur le 4 de l'année précédente. Sous Charles X, la couronne de laurier du revers compte quatre feuilles et demie ou cinq feuilles sur une branche, et un 1830 parisien montre un 0 refait sur un 9. Quelques pièces de 1830 ont une tranche cannelée au lieu de l'inscription.
Les faibles tirages attirent les retouches : une lettre d'atelier modifiée ou un chiffre regravé peut transformer une date courante en date recherchée. Regardez si le champ est creusé ou rayé autour de la lettre et du millésime, et si leurs contours ont la même netteté que le reste de la légende.
Il circule aussi des contrefaçons, parfois en or. Les contrôles de base restent 6,45 g, 21 mm, un portrait net et une inscription de tranche régulière, bien alignée. Le guide pour reconnaître une fausse pièce les détaille.
Juger l'usure sur ces portraits
La plupart des exemplaires retrouvés ont longtemps circulé et se situent entre TB et TTB. Sur l'avers, la chevelure au-dessus de l'oreille et la pommette s'effacent en premier. Le buste habillé de 1814-1815 perd vite le détail des broderies ; sur la tête laurée de Louis-Philippe, ce sont les nervures des feuilles qui renseignent le mieux.
Au revers de Louis XVIII et de Charles X, observez la couronne au-dessus de l'écu, puis le centre des fleurs de lys, avant les branches de laurier, qui résistent mieux. Au revers de Louis-Philippe, une couronne dont on distingue encore chaque feuille indique un TTB ; si elles se fondent en un bourrelet, la pièce est plutôt en TB.
Un éclat d'origine subsistant autour des lettres caractérise les pièces SUP. Un frottement pour faire briller laisse des rayures fines impossibles à effacer : voyez pourquoi ne pas nettoyer une pièce et le guide des états de conservation.
Pièces voisines à distinguer
Le 20 francs de Napoléon Ier a exactement le même module ; sa légende parle d'Empire ou de République, et ses portraits sont impériaux. Le 40 francs or des mêmes rois reprend leurs effigies sur une pièce plus grande et plus lourde. Les écus de 5 francs en argent portent aussi ces portraits, sur un grand module.
Après 1848, la Deuxième République adopte le 20 francs Génie, puis vient le 20 francs Napoléon III. Enfin, les épreuves sur flan bruni, au champ miroir, sont des pièces de présentation et non de circulation.
Attention aussi à l'année 1815, qui réunit des 20 francs de Louis XVIII et des 20 francs des Cent-Jours à l'effigie de Napoléon. Le portrait et la légende suffisent à les séparer. Pour les pièces de Rouen, un B accompagné d'une date comprise entre 1816 et 1830 ne correspond à aucune frappe relevée : relisez la lettre et la date à la loupe.