Lire un louis en quatre étapes
Commencez par le nom du roi dans la légende de l'avers : LVD XIII, LVD XIIII, LVD XV ou LVD XVI. Le portrait aide aussi : Louis XIV apparaît enfant, puis adulte à longue perruque ; Louis XV jeune homme, puis avec un bandeau, puis âgé.
Passez ensuite au revers. Une croix de L couronnés renvoie au XVIIe siècle ou aux débuts du XVIIIe. Deux écus ovales côte à côte désignent le louis « aux lunettes », de Louis XV ou de Louis XVI. Deux écus carrés indiquent la tête nue de 1785-1792.
Cherchez alors la lettre d'atelier, placée selon les types au centre de la croix, sous les écus ou sous le buste. A est Paris, B Rouen, D Lyon, K Bordeaux, T Nantes, W Lille. Le guide des ateliers monétaires donne la liste complète.
Dernière étape : la balance. Un louis de 1726-1785 doit approcher 8,16 g, un louis de 1785-1792 environ 7,65 g. Un écart de plusieurs dixièmes de gramme appelle un examen attentif.
Rouen, un grand atelier d'or
La lettre B désigne Rouen depuis la réforme des différents d'atelier de 1540. Nos sources y relèvent des louis sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, dans plusieurs grands types.
Les répertoires conservent des chiffres parlants. En 1695, Rouen produit plus de 100 000 louis aux quatre L par réformation, c'est-à-dire en refrappant d'anciennes pièces, contre moins de 3 000 sur des flans neufs. En 1724, environ 262 000 mirlitons sortent de l'atelier. En 1786, quand le royaume refond ses louis pour appliquer la réforme de 1785, Rouen dépasse les 400 000 louis à la tête nue d'après Droulers.
D'autres dates sont beaucoup plus discrètes : 23 640 louis au bandeau en 1741, environ 30 000 en 1787. Pour les demi-louis aux lunettes, Coinvarieties ne relève que deux millésimes rouennais, 1727 et 1730, en petit nombre. Un louis B n'est donc pas forcément commun : tout dépend du type et de l'année.
Réformations, montures et copies
Entre 1690 et 1700, les louis ont souvent été refrappés sur des pièces plus anciennes. Sous le nouveau dessin, on devine parfois des lettres ou des contours de l'ancien type. Les catalogues l'indiquent par la mention « flan réformé » : c'est une marque d'époque, pas un défaut.
Le louis a beaucoup servi de bijou. Une bélière soudée sur la tranche, une trace de lime, un trou rebouché ou un cordon écrasé sont fréquents. Ces pièces restent des louis authentiques, mais leur intérêt de collection baisse nettement. Ne cherchez pas à effacer ces traces.
Il existe aussi des copies en or de faible titre ou en métal doré. Contrôlez le poids au centième de gramme, le diamètre, la netteté des lettres et le cordon de tranche. Une couleur trop jaune et uniforme, des lettres molles ou un portrait sans finesse sont des signaux d'alerte. Le guide pour reconnaître une fausse pièce décrit la méthode.
Où regarder l'usure
L'usure d'un louis se lit d'abord sur le portrait : les mèches au-dessus de l'oreille, le laurier ou le bandeau, puis la joue. Sur les louis de Louis XV et de Louis XVI, la chevelure est le premier détail à s'aplatir.
Au revers, suivez les couronnes posées sur les L ou sur les écus : leurs perles disparaissent vite. Les fleurs de lis des écus perdent ensuite leur relief central. Quand la légende du revers devient difficile à lire sur le bord, la pièce a longtemps circulé.
Un louis frotté au produit ou à la brosse porte des rayures fines et parallèles, et un éclat trop vif. Ce nettoyage fait baisser l'état, même sur une pièce peu usée : lisez pourquoi il ne faut pas nettoyer une pièce. Les grades TB, TTB et SUP sont expliqués dans notre guide des états de conservation.
Louis d'or des rois de France : les pièces à ne pas confondre
Le napoléon, c'est-à-dire la pièce de 20 francs or, est souvent appelé « louis » dans les familles. Il date de 1803 et après, pèse 6,45 g et indique « 20 FRANCS » : voyez le 20 francs or Napoléon Ier et le 20 francs des rois de 1814 à 1848.
Les écus d'argent de Louis XIV à Louis XVI reprennent les mêmes portraits et parfois des revers proches, mais en argent et sur un module plus large : voyez les écus royaux en argent. Les grands multiples de 1640 (4, 8 et 10 louis) sont des pièces de prestige, que l'on ne rencontre presque jamais hors des collections publiques et des ventes spécialisées.
Dernier piège : les médailles et jetons royaux en or, frappés pour des événements ou des corporations. Ils portent aussi le portrait du roi, mais leur revers montre une scène, une devise ou une date d'événement, sans lettre d'atelier ni L couronnés.