Le « chien » : un différent, pas un surnom de l'aigle
Dans les catalogues et les listes de vente, vous lirez « 10 centimes 1855 A chien » ou « 5 centimes 1855 ancre ». Ce mot renvoie au symbole placé à gauche de la signature BARRE, sous le cou de l'empereur. Jusqu'en 1855, c'est une tête de chien, plus exactement une tête de levrette selon les notices du musée Carnavalet : la marque de Jacques-Jean Barre, graveur général. Son fils Albert-Désiré lui succède en 1855 et signe d'une ancre. Les pièces de 1852 à 1854 portent donc toutes le chien, celles de 1856 et 1857 toutes l'ancre, et 1855 connaît les deux.
Le mot ne désigne donc pas l'aigle du revers. Retenez le différent : c'est lui qui sert à classer les pièces.
À droite de la signature figure le symbole de l'atelier : une main à Paris, un lion à Lyon, un marteau à Rouen, décrit par le musée Carnavalet comme un pic et une masse croisés. Avec la lettre sous l'aigle, il permet de confirmer une origine quand la lettre est usée. Le guide des ateliers monétaires donne les autres lettres.
La refonte du cuivre et les sept ateliers
Au début des années 1850, la petite monnaie française est un mélange de liards, de sous et de centimes en cuivre, certains antérieurs à la Révolution. La loi du 6 mai 1852 ordonne leur retrait et leur remplacement par une monnaie de bronze légère et bien calibrée : un gramme par centime, de 1 gramme pour le centime à 10 grammes pour la pièce de dix.
Pour fondre et refrapper ces volumes, l'administration ne se contente pas de Paris, Strasbourg et Bordeaux. Elle remet en service Lille, Marseille, Lyon et Rouen. Le 10 centimes ouvre la série en 1852 à Paris seulement ; les quatre pièces sortent ensuite de sept ateliers de 1853 à 1857. Les 5 et 10 centimes dominent : à elles deux, plus de 670 millions d'exemplaires sur la période.
La frappe s'arrête en 1857, puis reprend en 1861 avec la tête laurée, dans trois ateliers seulement : A, BB et K. Les ateliers rouverts pour la refonte ont alors cessé leur activité. Ces bronzes servent jusqu'au XXe siècle ; Coinvarieties indique que les 10 centimes de ce type sont démonétisés en 1935. Le contexte de l'époque est présenté sur la page des monnaies françaises du XIXe siècle ; les centimes et décimes de la Révolution font l'objet de la fiche décimes et centimes Dupré.
Variétés et pièces à ne pas confondre
1855, l'année double. Le changement de graveur intervient dans l'année. Pour plusieurs ateliers, Le Franc recense deux numéros pour la même date, et jusqu'à huit pour le 2 centimes de Lyon. À Paris, les deux numéros du 10 centimes correspondent au chien et à l'ancre. Comparez le symbole de gauche avant de conclure.
Les monnaies satiriques. Après Sedan, en 1870 et 1871, des bronzes ordinaires ont été regravés à la main : casque à pointe sur la tête de l'empereur, aigle changé en chauve-souris ou en hibou, parfois un profil de cochon. La gravure est profonde et irrégulière, et la date d'origine reste lisible. Ce ne sont pas des variétés d'atelier mais des objets d'époque, collectionnés à part.
La visite de Lille. Des pièces-médailles au module du 10 centimes, datées 1853, rappellent la visite de l'empereur et de l'impératrice à la Bourse de Lille, en septembre 1853. Selon Coinvarieties, elles ont été frappées à un millier d'exemplaires environ, en bronze, en argent et en or.
Les essais. Le Franc signale des essais de la tête laurée datés 1861 et 1868, et le musée Carnavalet conserve un essai en or d'un 10 centimes daté 1854.
Les faux de circulation sont rares sur ces petites pièces ; le guide sur les fausses pièces donne les contrôles de base.
Juger l'état d'un bronze de Napoléon III
Ces pièces ont servi tous les jours pendant des décennies : la plupart arrivent en état B ou TB. En général, au droit, l'usure attaque d'abord la chevelure au-dessus de l'oreille, puis la moustache et la barbiche. Sur la tête laurée, les feuilles de la couronne perdent leurs nervures avant de se fondre dans les cheveux. Au revers, regardez les plumes de la poitrine de l'aigle et les zigzags du foudre : nets sur une pièce TTB, ils deviennent une masse lisse sur une pièce usée.
Le bronze ajoute un critère que l'or ne connaît pas : la couleur. Une pièce qui n'a pas circulé garde une teinte rouge orangé, qui tourne au rouge et brun puis au brun avec le temps. Les catalogues américains notent ces stades RD, RB et BN. Un exemplaire rouge d'origine est l'exception.
Méfiez-vous aussi du vert-de-gris et des taches noires de corrosion, fréquents sur les pièces trouvées en terre. Ne frottez pas, ne trempez pas dans du vinaigre : un bronze décapé prend une teinte rose uniforme qu'un numismate repère aussitôt. Le guide sur le nettoyage explique pourquoi, et celui des états de conservation détaille chaque degré.