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Monnaies françaises · XIXe siècle

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III

1852-1870

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Le Havre · mise à jour le

10 centimes Napoléon III 1855, avers à la tête nue10 centimes 1855, atelier B de Rouen, revers à l’aigle
Photos : Maison Or & Bijoux.
Fiche technique
MétalBronze (95 % cuivre, 4 % étain, 1 % zinc)
Poids et diamètre1 centime : 1 g, 15 mm ; 2 centimes : 2 g, 20 mm ; 5 centimes : 5 g, 25 mm ; 10 centimes : 10 g, 30 mm
Années de frappeTête nue : 1852 (10 centimes seul) puis 1853 à 1857 ; tête laurée : 1861 à 1865 pour les 5 et 10 centimes, 1861, 1862 et 1870 pour le 1 centime, 1861 pour le 2 centimes (Le Franc)
Ateliers, tête nueA (Paris), B (Rouen), BB (Strasbourg), D (Lyon), K (Bordeaux), MA (Marseille), W (Lille)
Ateliers, tête lauréeA, BB et K seulement
Tirage total 1853-1857Environ 66,8 millions de 1 centime, 58 millions de 2 centimes, 414 millions de 5 centimes et 258,8 millions de 10 centimes
TrancheLisse
RéférencesLe Franc F.102 et F.103 (1 c), F.107 et F.108 (2 c), F.116 et F.117 (5 c), F.133 et F.134 (10 c) ; Gadoury 103, 152 et 248 ; KM 771, 775 et 776
Catégoriesfrançaises

Ces petites pièces brunes sortent de presque tous les tiroirs : un empereur de profil à gauche, un aigle aux ailes ouvertes au revers, la mention « EMPIRE FRANÇAIS ». Elles sont nées de la grande refonte des vieux sous de cuivre décidée en 1852, et des centaines de millions d'exemplaires ont circulé jusqu'au XXe siècle. Le mot « chien » qui accompagne souvent leur description désigne un détail minuscule, que l'on apprend vite à repérer.

Identification

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III : reconnaître la pièce

10 centimes Napoléon III 1855, avers à la tête nue

Avers

Tête de Napoléon III tournée vers la gauche, nue de 1852 à 1857, couronnée de laurier à partir de 1861. Légende circulaire « NAPOLEON III EMPEREUR » et millésime. Sous le cou, la signature BARRE, encadrée de deux petits symboles : à gauche celui du graveur général, à droite celui de l'atelier.

10 centimes 1855, atelier B de Rouen, revers à l’aigle

Revers

Aigle impérial debout de face sur un foudre, ailes déployées, tête tournée vers la droite. Légende « EMPIRE FRANÇAIS » et indication de la pièce entre deux étoiles : « UN CENTIME », « DEUX CENTIMES », « CINQ CENTIMES » ou « DIX CENTIMES ». La lettre d'atelier est placée sous l'aigle.

Tranche
Lisse, sur les quatre pièces.
Graveur
Tête nue : Jacques-Jean Barre, graveur général jusqu'en 1855. Tête laurée : Albert-Désiré Barre, son fils, d'après les notices du musée Carnavalet et Coinvarieties, qui associe aussi le nom du père au dessin.
Millésimes et tirages

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III : les dates à connaître

Une ligne par combinaison utile : les tirages connus de l'atelier de Rouen, les dates que le catalogue Le Franc range parmi les plus difficiles, et les repères de la tête laurée. Lisez d'abord la date, puis la lettre sous l'aigle : sur ces pièces, c'est l'atelier qui fait la différence entre deux exemplaires de même année.

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III : millésimes et tirages
AnnéePièceAtelierTirageRemarque
185210 cA642 898Seul millésime 1852, frappé à Paris uniquement
18531 cBn. c.Un exemplaire est conservé au musée Carnavalet
18532 cB538 580Petit tirage, la plus rare des dénominations
18535 cB4 589 6674 424 000 selon le Krause
185310 cB3 718 711Première année rouennaise
185310 cKn. c.Deux variétés, l'une nettement plus difficile
18541 cBn. c.Une des dates les plus difficiles du centime
185410 cB7 975 2168 065 000 selon le Krause
18552, 5 et 10 cBn. c.Deux variétés recensées pour chaque pièce
18552 cDn. c.Huit variétés recensées, plusieurs rares
18561 cD et MAn. c.Dates difficiles du centime
18562 cB4 461 561Date courante
185610 cB11 493 357Plus fort tirage rouennais relevé
18571, 2, 5 et 10 cBn. c.Dernières pièces frappées à Rouen
18571 cDn. c.Date difficile du centime
18611, 2, 5 et 10 cA, BB, Kn. c.Première tête laurée ; seule date du 2 centimes recensée par Le Franc
18615 et 10 cEn. c.Essais, réservés aux collections spécialisées
18655 et 10 cA, BBn. c.Dernière année laurée pour ces deux pièces
18701 cAn. c.Dernier bronze du Second Empire

Tirages d'après Le Franc, cités par Coinvarieties ; 1856 B (10 c) recoupé avec CGB, 1852 A avec la référence Gadoury. Les dates dites difficiles sont celles que le catalogue Le Franc cote le plus haut. « n. c. » : chiffre non trouvé dans les sources consultées. Les années et ateliers absents ont des tirages ordinaires.

Le « chien » : un différent, pas un surnom de l'aigle

Dans les catalogues et les listes de vente, vous lirez « 10 centimes 1855 A chien » ou « 5 centimes 1855 ancre ». Ce mot renvoie au symbole placé à gauche de la signature BARRE, sous le cou de l'empereur. Jusqu'en 1855, c'est une tête de chien, plus exactement une tête de levrette selon les notices du musée Carnavalet : la marque de Jacques-Jean Barre, graveur général. Son fils Albert-Désiré lui succède en 1855 et signe d'une ancre. Les pièces de 1852 à 1854 portent donc toutes le chien, celles de 1856 et 1857 toutes l'ancre, et 1855 connaît les deux.

Le mot ne désigne donc pas l'aigle du revers. Retenez le différent : c'est lui qui sert à classer les pièces.

À droite de la signature figure le symbole de l'atelier : une main à Paris, un lion à Lyon, un marteau à Rouen, décrit par le musée Carnavalet comme un pic et une masse croisés. Avec la lettre sous l'aigle, il permet de confirmer une origine quand la lettre est usée. Le guide des ateliers monétaires donne les autres lettres.

La refonte du cuivre et les sept ateliers

Au début des années 1850, la petite monnaie française est un mélange de liards, de sous et de centimes en cuivre, certains antérieurs à la Révolution. La loi du 6 mai 1852 ordonne leur retrait et leur remplacement par une monnaie de bronze légère et bien calibrée : un gramme par centime, de 1 gramme pour le centime à 10 grammes pour la pièce de dix.

Pour fondre et refrapper ces volumes, l'administration ne se contente pas de Paris, Strasbourg et Bordeaux. Elle remet en service Lille, Marseille, Lyon et Rouen. Le 10 centimes ouvre la série en 1852 à Paris seulement ; les quatre pièces sortent ensuite de sept ateliers de 1853 à 1857. Les 5 et 10 centimes dominent : à elles deux, plus de 670 millions d'exemplaires sur la période.

La frappe s'arrête en 1857, puis reprend en 1861 avec la tête laurée, dans trois ateliers seulement : A, BB et K. Les ateliers rouverts pour la refonte ont alors cessé leur activité. Ces bronzes servent jusqu'au XXe siècle ; Coinvarieties indique que les 10 centimes de ce type sont démonétisés en 1935. Le contexte de l'époque est présenté sur la page des monnaies françaises du XIXe siècle ; les centimes et décimes de la Révolution font l'objet de la fiche décimes et centimes Dupré.

Variétés et pièces à ne pas confondre

1855, l'année double. Le changement de graveur intervient dans l'année. Pour plusieurs ateliers, Le Franc recense deux numéros pour la même date, et jusqu'à huit pour le 2 centimes de Lyon. À Paris, les deux numéros du 10 centimes correspondent au chien et à l'ancre. Comparez le symbole de gauche avant de conclure.

Les monnaies satiriques. Après Sedan, en 1870 et 1871, des bronzes ordinaires ont été regravés à la main : casque à pointe sur la tête de l'empereur, aigle changé en chauve-souris ou en hibou, parfois un profil de cochon. La gravure est profonde et irrégulière, et la date d'origine reste lisible. Ce ne sont pas des variétés d'atelier mais des objets d'époque, collectionnés à part.

La visite de Lille. Des pièces-médailles au module du 10 centimes, datées 1853, rappellent la visite de l'empereur et de l'impératrice à la Bourse de Lille, en septembre 1853. Selon Coinvarieties, elles ont été frappées à un millier d'exemplaires environ, en bronze, en argent et en or.

Les essais. Le Franc signale des essais de la tête laurée datés 1861 et 1868, et le musée Carnavalet conserve un essai en or d'un 10 centimes daté 1854.

Les faux de circulation sont rares sur ces petites pièces ; le guide sur les fausses pièces donne les contrôles de base.

Juger l'état d'un bronze de Napoléon III

Ces pièces ont servi tous les jours pendant des décennies : la plupart arrivent en état B ou TB. En général, au droit, l'usure attaque d'abord la chevelure au-dessus de l'oreille, puis la moustache et la barbiche. Sur la tête laurée, les feuilles de la couronne perdent leurs nervures avant de se fondre dans les cheveux. Au revers, regardez les plumes de la poitrine de l'aigle et les zigzags du foudre : nets sur une pièce TTB, ils deviennent une masse lisse sur une pièce usée.

Le bronze ajoute un critère que l'or ne connaît pas : la couleur. Une pièce qui n'a pas circulé garde une teinte rouge orangé, qui tourne au rouge et brun puis au brun avec le temps. Les catalogues américains notent ces stades RD, RB et BN. Un exemplaire rouge d'origine est l'exception.

Méfiez-vous aussi du vert-de-gris et des taches noires de corrosion, fréquents sur les pièces trouvées en terre. Ne frottez pas, ne trempez pas dans du vinaigre : un bronze décapé prend une teinte rose uniforme qu'un numismate repère aussitôt. Le guide sur le nettoyage explique pourquoi, et celui des états de conservation détaille chaque degré.

Au Havre

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III en Normandie

L'atelier de Rouen, lettre B, a frappé les quatre bronzes de la tête nue, 1, 2, 5 et 10 centimes, à chaque millésime de 1853 à 1857 : le catalogue Le Franc recense au moins un numéro B pour chacune de ces combinaisons. Il n'a frappé ni le 10 centimes de 1852, réservé à Paris, ni aucune tête laurée. Ses pièces se reconnaissent au B sous l'aigle et, au droit, au petit marteau, ou pic et masse croisés, à droite de la signature. Ce sont les dernières monnaies frappées en Normandie : aucune pièce datée après 1857 ne porte la lettre B ; leur histoire est racontée sur la page de l'atelier de Rouen, et vous pouvez faire lire la lettre de vos pièces lors d'une estimation gratuite au Havre.

1, 2, 5 et 10 centimes de Napoléon III : questions fréquentes

Pourquoi dit-on « 10 centimes au chien » ?

Le mot désigne la petite tête de chien, ou de levrette, placée sous le cou de l'empereur à gauche de la signature BARRE. C'est la marque du graveur Jacques-Jean Barre, présente jusqu'en 1855. Après lui, son fils signe d'une ancre.

Ma pièce porte un B sous l'aigle : vient-elle de Rouen ?

Oui, si c'est une tête nue datée de 1853 à 1857. Vérifiez au droit le petit marteau, ou pic et masse croisés, à droite de la signature. Aucune tête laurée n'a été frappée à Rouen : sur ce type, regardez à la loupe s'il ne s'agit pas d'un BB.

Pourquoi mon 10 centimes pèse-t-il moins de 10 grammes ?

Une pièce de bronze qui a circulé des dizaines d'années perd du métal par frottement, et la corrosion en retire encore. Un exemplaire usé peut descendre nettement sous le poids théorique sans être faux.

Les pièces de 1855 sont-elles plus recherchées ?

Cette année-là, deux graveurs se succèdent, et Le Franc recense souvent deux variétés pour une même date et un même atelier. À Paris, ce sont le chien et l'ancre, l'ancre étant la plus courante. Selon l'atelier, l'une des variétés est plus difficile à trouver. L'état compte autant que la variété.

Pour aller plus loin
Sources