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Monnaies françaises · XIXe siècle

Décimes et centimes Dupré

an 4-an 9 (1795-1801)

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Le Havre · mise à jour le

Décime en cuivre de l’an 7, avers : buste de la République au bonnet phrygien, signé DupréDécime en cuivre de l’an 7, revers : UN DÉCIME L’AN 7 dans une couronne de chêne, atelier D
Photos : Paris Musées / musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir.
Fiche technique
MétalCuivre
1 centime2 g, 18 mm, an 6 à an 8, Paris seulement
5 centimes5 g et 23 mm (petit module, an 4-an 5), puis 10 g et 28 mm (grand module, an 5-an 9)
Décime10 g (petit module, an 4-an 5), puis 20 g et 32 mm (grand module, an 5-an 9)
2 décimes20 g, 32 mm, an 4 et an 5, abandonné ensuite
AteliersA (Paris), AA (Metz), B (Rouen), BB, D (Lyon), G (Genève), I (Limoges), K (Bordeaux), R (Orléans), T (Nantes), W (Lille), selon les dénominations et les années
GraveurAugustin Dupré
TrancheLisse (1 centime) ou striée en chevrons (5 centimes, décime)
RéférencesLe Franc F.100 (1 centime), F.113 à F.115 (5 centimes), F.126 à F.129 (décime), F.145 (2 décimes) ; reprise du 1 centime en 1848-1851 : F.101
Catégoriesfrançaises

Ce sont les premières monnaies de cuivre du système décimal, frappées sous le Directoire puis le Consulat. On les reconnaît à la tête de la République coiffée du bonnet phrygien, à la légende « REPUBLIQUE FRANÇAISE » et surtout à une date qui n'est pas une année : « L'AN 5 », « L'AN 8 ». Produites par dizaines de millions et utilisées pendant un demi-siècle, elles reviennent souvent dans les fonds de tiroir, presque toujours usées.

Identification

Décimes et centimes Dupré : reconnaître la pièce

Décime en cuivre de l’an 7, avers : buste de la République au bonnet phrygien, signé Dupré

Avers

Buste drapé de la République tourné vers la gauche, cheveux longs, coiffé du bonnet phrygien. Légende circulaire : « REPUBLIQUE FRANÇAISE ». Le nom « Dupré » est inscrit en écriture cursive sous le buste.

Décime en cuivre de l’an 7, revers : UN DÉCIME L’AN 7 dans une couronne de chêne, atelier D

Revers

Décime et 5 centimes : la dénomination sur deux lignes, « UN / DÉCIME » ou « CINQ / CENTIMES », au-dessus de « L'AN 5 » (ou d'une autre année) suivi de la lettre d'atelier, le tout dans une couronne fermée de deux branches de chêne nouées par un ruban. Deux petits symboles, les différents, accompagnent l'inscription. 1 centime : « UN / CENTIME », l'année et la lettre A, sans couronne, dans un grènetis.

Tranche
Lisse pour le 1 centime ; striée en chevrons pour le 5 centimes et le décime.
Graveur
Augustin Dupré (1748-1833), graveur général des monnaies de 1791 à 1803.
Millésimes et tirages

Décimes et centimes Dupré : les dates à connaître

Le tableau suit l'ordre des émissions : d'abord les pièces légères de l'an 4, puis les refrappes, enfin les grands modules de l'an 5 à l'an 9. Les dates à surveiller sont celles des petits ateliers (Genève, Bordeaux, Rouen), les refrappes dont on lit encore l'ancienne légende, et les dates corrigées comme « AN 7/5 ».

Décimes et centimes Dupré : millésimes et tirages
PièceAnnéeAtelierTirageRemarque
2 décimesAn 4An. c.Base des décimes refrappés de l'an 5
Décime petit moduleAn 4A3 617 156Pièce de 10 g, mal acceptée
Décime petit moduleAn 4Kn. c.Bordeaux, rare
Décime sur 2 décimes modifiéAn 4A537 500Chiffre 2 limé, mot UN poinçonné
5 centimes petit moduleAn 4A11 589 079Pièce de 5 g
5 centimes petit moduleAn 4Tn. c.Nantes
Décime refrappé sur 2 décimesAn 5T84 941Traces de l'ancienne légende
Décime refrappé sur 2 décimesAn 5Bn. c.Rouen
5 centimes refrappé sur décimeAn 5I654 199Limoges
5 centimes refrappé sur décimeAn 5Bn. c.Rouen
Décime grand moduleAn 5B2 040 472Rouen, peu courant
5 centimes grand moduleAn 5Bn. c.Rouen, plusieurs variétés
1 centimeAn 6An. c.Premier millésime du centime
1 centimeAn 7/6An. c.Date corrigée
Décime grand moduleAn 7/5A/Bn. c.A gravé sur un B
5 centimes grand moduleAn 8A20 598 666Date la plus fréquente
5 centimes grand moduleAn 8Gn. c.Genève, alors française
Décime grand moduleAn 8Gn. c.Genève
Décime grand moduleAn 9In. c.Dernière année du type
1 centime (reprise)1848 à 1851An. c.Même dessin, date grégorienne

Ateliers et variétés d'après Le Franc (F.100, F.101, F.113 à F.115, F.126 à F.129, F.145). Tirages d'après Coinvarieties, sauf les refrappes de Nantes et de Limoges, d'après les fiches de CGB ; chaque chiffre ne repose que sur une source ; celui du décime petit module de l'an 4 figure sur la page que Coinvarieties consacre à la pièce modifiée. Pour le 1 centime, Coinvarieties donne un total de 48 778 486 pièces pour les ans 6 à 8, sans détail par année. Les tirages de 1848-1851 diffèrent trop d'une source à l'autre pour être retenus.

Lire la date républicaine et la lettre d'atelier

Ces pièces ne portent pas d'année grégorienne mais un numéro d'année du calendrier républicain. L'an 1 commence le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République, et chaque année suivante débute vers le 22 ou le 23 septembre. Une pièce datée « L'AN 5 » a donc été frappée entre l'automne 1796 et l'été 1797. Retenez la règle simple : ajoutez 1791 au numéro pour l'année où l'an se termine. L'an 4 correspond à 1795-1796, l'an 8 à 1799-1800, l'an 9 à 1800-1801.

La lettre qui suit la date désigne l'atelier. Paris (A) a frappé l'essentiel, mais une dizaine d'ateliers ont participé : Metz (AA), Rouen (B), Lyon (D), Genève (G), Limoges (I), Bordeaux (K), Orléans (R), Nantes (T), Lille (W), ainsi que BB. Genève, rattachée à la France en 1798, n'apparaît qu'en l'an 8 et l'an 9. Le guide des ateliers monétaires situe chacune de ces lettres.

Sur beaucoup d'exemplaires, la date ou la lettre a été corrigée : « AN 7/5 » signifie qu'un 7 a été gravé par-dessus un 5 sur le coin. On l'explique par la réutilisation de coins d'une année sur l'autre, et parfois d'un atelier à l'autre, ce qui donne des lettres doubles comme A/B ou W/A.

Petit module, grand module et refrappes

La première série, datée de l'an 4, était légère : 5 g pour le 5 centimes, 10 g pour le décime, 20 g pour le 2 décimes. Le public la refusa. Dès l'an 5, le poids fut doublé pour le 5 centimes (10 g) et le décime (20 g), et le 2 décimes disparut.

Plutôt que de le fondre, les ateliers l'ont refrappé. Un décime léger de 10 g avait le poids d'un nouveau 5 centimes : on l'a frappé de nouveau avec les coins du 5 centimes. Un 2 décimes de 20 g avait celui d'un nouveau décime : il est devenu décime. Le catalogue Le Franc range ces pièces à part, sous le nom de « refrappage » (F.114 pour le 5 centimes, F.128 pour le décime). Sur un exemplaire bien venu, on lit encore des fragments de l'ancienne légende sous la nouvelle : un S de « DÉCIMES » au-dessus du mot « DÉCIME », par exemple.

Avant ces refrappes, Paris et Limoges avaient essayé une solution plus rapide : limer le chiffre 2 du 2 décimes et poinçonner le mot « UN » à la place (F.127). On voit une zone aplanie et des lettres frappées en creux.

Le 1 centime n'a pas connu ces hésitations. Il n'apparaît qu'en l'an 6, à Paris seulement, et garde le même poids de 2 g jusqu'à l'an 8.

Variétés et états de conservation

Le Franc recense plus de cent cinquante variétés pour le seul 5 centimes grand module, et plus de soixante-dix pour le décime. Elles tiennent aux dates corrigées, aux lettres regravées, à la taille des chiffres et à de petites fautes de gravure. Certains coins portent « CNIQ » au lieu de « CINQ ». Pour le 1 centime de l'an 7, on distingue un grand 7, un 7 normal et un petit 7.

Ces monnaies sont restées en circulation jusqu'aux années 1850. La grande majorité des exemplaires sont donc en état B ou TB. En général, sur l'avers, l'usure attaque d'abord la chevelure qui dépasse sous le bonnet, puis le bord du bonnet et les plis de la draperie sur l'épaule. Au revers, les nervures des feuilles de chêne et les boucles du ruban s'effacent avant les lettres.

Le cuivre se couvre de taches vertes ou noires. Ne grattez rien et n'utilisez pas de produit : le métal mis à nu ne retrouve jamais sa patine, et un collectionneur repère tout de suite une pièce frottée. Le rouge d'origine est très rarement conservé. Voyez les guides des états de conservation et du nettoyage.

Décimes et centimes Dupré : les pièces à ne pas confondre

Le 1 centime de 1848 à 1851. La IIe République a repris le dessin de Dupré pour un nouveau centime de 2 g, frappé à Paris. La date est cette fois grégorienne, « 1848 » à « 1851 ». Entre l'an 8 et 1848, aucun centime n'avait été frappé.

Les pièces du siège d'Anvers. En 1814, la ville assiégée, défendue par Carnot, a fabriqué des pièces de nécessité de 5 et 10 centimes. Elles portent un monogramme dans une couronne, et non la tête de la République.

Les monnaies satiriques. Des décimes Dupré ont été repris au poinçon ou à la gravure pour porter des inscriptions politiques ou des figures. Ce ne sont pas des variétés officielles.

Les bronzes de 1852 à 1857. Les 5 et 10 centimes de Napoléon III, dits au chien, ont remplacé ces cuivres. Ils portent un portrait d'empereur : voyez la fiche des bronzes Napoléon III. Pour les faux, le guide sur les fausses pièces donne les contrôles de base : poids, diamètre, tranche.

Décimes et centimes Dupré : histoire

La loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) fait du franc l'unité monétaire de la France et le divise en décimes et en centimes. Les premières pièces de cuivre sont confiées à Augustin Dupré, qui dessine aussi l'Hercule des écus de 5 francs.

La première frappe de l'an 4 se heurte au refus du public. À ce moment, le papier-monnaie s'effondre : le Directoire abandonne l'assignat en 1796, puis les mandats territoriaux en 1797. La série reprend en l'an 5 avec des pièces deux fois plus lourdes, frappées en grand nombre jusqu'à l'an 9 par la plupart des ateliers.

Elles restent ensuite dans les poches pendant un demi-siècle, sans renouvellement pendant le Consulat et l'Empire pour ces dénominations. La refonte des vieilles monnaies de cuivre, lancée au début du Second Empire, les remplace par des pièces de bronze. Le 1 centime de 1848, en cuivre lui aussi, disparaît avec cette refonte. La période est présentée sur la page des monnaies françaises du XIXe siècle.

Au Havre

Décimes et centimes Dupré en Normandie

L'atelier de Rouen a bien frappé des pièces de ce type, mais seulement en l'an 5, avec la lettre B : des décimes et des 5 centimes de grand module, ainsi que des décimes refrappés sur des 2 décimes et des 5 centimes refrappés sur des décimes. Coinvarieties relève 2 040 472 décimes de l'an 5 B. Rouen n'a frappé ni le 1 centime, réservé à Paris, ni les pièces légères de l'an 4. Le Franc relève aussi un A gravé sur un B sur des 5 centimes datés AN 7/5 et AN 8/5, et sur des décimes datés AN 7/5. L'histoire de ce grand atelier de Normandie est racontée sur la page de l'atelier de Rouen.

Décimes et centimes Dupré : questions fréquentes

Comment convertir « L'AN 5 » en année ?

Ajoutez 1791 au numéro pour obtenir l'année où l'an se termine, et retirez 1 pour celle où il commence. L'an 5 court de septembre 1796 à septembre 1797, l'an 8 de septembre 1799 à septembre 1800.

Mon décime laisse voir d'autres lettres sous la légende : est-ce un défaut ?

C'est sans doute une refrappe : un ancien 2 décimes frappé de nouveau en décime en l'an 5. Les restes de « DÉCIMES » ou d'une autre date identifient ce type, que les catalogues classent à part.

Mon 1 centime est daté 1849 : date-t-il de la Révolution ?

Non. C'est la reprise du dessin de Dupré sous la IIe République, frappée à Paris de 1848 à 1851. Les centimes de la Révolution portent une date républicaine, de l'an 6 à l'an 8.

Que veut dire la lettre B après la date ?

Elle désigne l'atelier de Rouen. Sur ce type, Rouen n'a travaillé qu'en l'an 5, pour le décime et le 5 centimes. Un numismate peut confirmer la lecture lors d'une estimation gratuite.

Pour aller plus loin
Sources