Souverain ou demi-souverain : faire la différence
Les deux pièces partagent le portrait, les légendes et souvent le revers : la confusion est fréquente quand on les voit séparément. Le plus sûr est la mesure. Le souverain fait un peu plus de 22 mm et pèse près de 8 g ; le demi-souverain tourne autour de 19 mm et pèse la moitié. Posées côte à côte, la différence saute aux yeux.
Le revers aide aussi à dater. Sur le demi-souverain, saint Georges n'apparaît qu'en 1893, avec la vieille tête de Victoria : un demi-souverain de Victoria jeune porte donc toujours l'écu. Le souverain, lui, montre saint Georges de 1817 à 1825, puis à nouveau depuis 1871, ce qui laisse une longue période où les deux revers coexistent selon l'atelier.
Les dates rares ne sont pas les mêmes. Le demi-souverain de 1821, retiré parce qu'il ressemblait trop à un sixpence d'argent doré, ou celui de Perth daté 1918, n'ont pas d'équivalent pour le souverain. À l'inverse, le souverain de 1819 n'a pas de demi : aucun demi-souverain ne porte cette date. Les demi-souverains de circulation s'arrêtent en 1926 à Pretoria, six ans avant les souverains.
Une pièce de part et d'autre de la Manche
Le souverain naît d'une loi de 1816 qui place le Royaume-Uni sur l'étalon-or et remplace la guinée. Les débuts sont difficiles : les Britanniques préfèrent leurs billets d'une livre, et beaucoup de pièces neuves partent à la fonte. Robert Peel estimait que, en 1819, les trois quarts de l'or employé en France provenaient de souverains refondus.
Au XIXe siècle, la pièce devient la monnaie d'or de référence bien au-delà des îles britanniques, du Portugal au Brésil et dans tout l'Empire. Sydney, Melbourne et Perth en frappent tant qu'en 1900, environ quatre souverains sur dix en circulation au Royaume-Uni viennent d'Australie.
La circulation s'arrête en août 1914, quand les billets remplacent l'or dans les paiements britanniques. Londres frappe jusqu'à fin 1917, puis Bombay, Ottawa et Pretoria prennent le relais. Après 1932, plus aucun souverain n'est émis comme monnaie courante. La pièce revient en 1957, cette fois pour répondre à la demande d'or du Moyen-Orient, s'interrompt de 1969 à 1973, puis est frappée sans interruption depuis 1974. D'autres pièces britanniques figurent dans la rubrique monnaies étrangères.
Copies anciennes et faux modernes
Peu de pièces d'or ont été autant imitées. Après 1945, le souverain reste très demandé en Grèce et au Moyen-Orient, et des ateliers clandestins en produisent en Italie, en Suisse, au Liban et ailleurs. La reprise de la frappe officielle en 1957 visait d'ailleurs à leur couper l'herbe sous le pied ; un procès contre des faussaires avait échoué, le juge estimant que la pièce n'était plus une monnaie courante.
Ces faux posent un problème particulier : beaucoup sont en or à 22 carats et au bon poids. Peser ne prouve donc rien. Il faut regarder le dessin. Un faux trahit souvent sa fabrication par un relief empâté, des lettres aux contours flous, un grain de surface de pièce coulée ou une cannelure irrégulière. Vérifiez aussi la cohérence : un portrait associé à une année où il n'existait pas, ou une lettre d'atelier sur une date que cet atelier n'a jamais frappée, suffit à condamner la pièce.
Le demi-souverain est moins copié, mais les mêmes contrôles s'appliquent. Le guide reconnaître une fausse pièce décrit la méthode pas à pas.
Juger l'usure sur le cavalier et le portrait
Au revers, saint Georges concentre les points hauts. La crinière et la tête du cheval, la jambe et le casque du cavalier s'aplatissent les premiers ; sur une pièce très usée, la musculature de l'animal n'est plus qu'une surface lisse et le dragon perd ses écailles. Sur l'écu, ce sont les quartiers des armoiries, les perles de la couronne et les nervures des feuilles de laurier qu'il faut observer.
À l'avers, chaque règne a ses zones fragiles : la barbe et l'oreille de George V, la joue et les cheveux d'Édouard VII, le ruban qui retient les cheveux de Victoria jeune. Sur un demi-souverain, plus petit, ces détails disparaissent plus vite et une loupe devient nécessaire.
Beaucoup de souverains ont été montés en broche, en pendentif ou en bague. Une trace de soudure, un anneau limé ou une tranche marquée se voient à la loupe. Ne frottez jamais une pièce pour la faire briller : le guide nettoyer une pièce explique les dégâts, et l'échelle de notation est détaillée dans états de conservation.