Lire une pièce en trois temps
Commencez par l'avers et sa légende, qui renseigne sur l'origine : royaume belge, royaume italien ou Confédération suisse. Le souverain vient ensuite. Léopold II pour la Belgique et Humbert Ier pour l'Italie sont la règle ; Léopold Ier, Albert Ier ou Victor-Emmanuel II, l'exception. Terminez par le revers : la date, et sur une pièce italienne la lettre T, M ou R.
La balance et le pied à coulisse servent de contrôle plutôt que d'identification, puisque toutes affichent 6,45 g et 21 mm. Un écart net, en revanche, signale un problème. Pour déchiffrer une date usée, inclinez la pièce sous une lampe, loupe en main, sans frotter.
Helvetia, la courte série suisse
Avant le célèbre Vreneli, la Suisse a frappé un premier 20 francs or, de 1883 à 1896, à l'atelier de Berne. Son dessin est dû à Albert Walch et Christian Bühler et ses coins à Karl Schwenzer. On y voit Helvetia de profil, coiffée d'un diadème marqué « LIBERTAS », et au revers l'écu fédéral à croix sous une étoile, dans une couronne de chêne et d'olivier.
La série est brève et très inégale. 1883 (250 000 pièces) et 1896 (400 000) sont les années les plus fournies. À l'inverse, 1887 n'a produit que 176 exemplaires et 1888, 4 224. En 1893 et 1895, une petite quantité d'or extrait de la mine de Gondo, dans le Valais, a donné 25 puis 19 pièces, marquées d'un minuscule poinçon au centre de l'écu et d'une teinte plus claire.
À partir de 1897, la jeune femme aux tresses du Vreneli, devant les Alpes, prend la relève avec la légende « HELVETIA ». Un 20 francs suisse sans montagnes est donc un Helvetia.
Belges et italiennes : types et dates
Belgique. Le type de Léopold Ier ne porte que la date 1865 ; plus d'un demi-million de ses pièces ont en réalité été frappées en 1866. Léopold II prend la suite de 1867 à 1882, d'abord avec une barbe drue et peu détaillée, puis avec une barbe affinée ; 1877 dépasse 5,9 millions de pièces. Les catalogues relèvent pour certaines années deux positions du revers par rapport à l'avers, et pour 1865 une signature fautive, « L. WINNER ». Albert Ier n'a qu'un millésime, 1914, en légende française ou flamande, pour 125 000 pièces au total.
Italie. Victor-Emmanuel II fait frapper à Turin, à Milan puis à Rome ; les deux premiers ateliers ajoutent à leur lettre les initiales « BN » de la Banca Nazionale. Les dates de Turin 1861 et de Rome 1873 et 1875 sont rares. Sous Humbert Ier, Rome produit tout ; les années 1884, 1889, 1891, 1893 et 1897 sont considérées comme rares, et Bdor ne donne que 9 775 pièces pour 1884. Les Italiens nomment ces pièces des « marenghi », par référence au 20 francs d'or frappé après la victoire de Marengo en 1800.
Authenticité et état
Les contrefaçons visent d'abord les dates italiennes rares, dont une part importante des exemplaires en circulation serait fausse. Certaines contiennent de l'or, ce qui les rend trompeuses à la pesée. Vérifiez qu'il n'y a pas de contradiction entre le roi, l'année et l'atelier (Humbert Ier n'a rien frappé à Turin ni à Milan), puis examinez la tranche et le relief des lettres. Le guide reconnaître une fausse pièce reprend ces contrôles.
L'usure s'apprécie sur les parties saillantes : la barbe et la chevelure de Léopold II près de l'oreille, la moustache des souverains italiens, le diadème d'Helvetia ; au revers, les lions de Belgique, la croix savoyarde et son collier, le feuillage suisse. Les anciens montages en bijou laissent souvent une soudure ou la trace d'une bélière sur la tranche. Ne nettoyez pas vos pièces : les fines rayures laissées par un chiffon ou un produit se voient tout de suite. Voir états de conservation et nettoyer une pièce.
Ces pièces à travers le temps
Leur histoire commence avant même l'Union : dès les années 1860, la Belgique, la Suisse et l'Italie frappent des monnaies inspirées du franc de l'an XI. La convention de Paris du 23 décembre 1865 formalise l'alliance avec la France et engage chaque pays à accepter dans ses caisses publiques l'or et l'argent des autres. La Grèce y entre en 1868 ; d'autres émetteurs, comme l'Autriche-Hongrie avec ses 8 florins, Monaco ou les rois de Sardaigne avant 1861, frappent au même module, ce qui entretient les confusions.
En août 1914, la convertibilité du billet en or est suspendue et les pièces quittent les échanges. La Belgique se retire à la fin de 1925 et l'Union disparaît le 1er janvier 1927. Gardées depuis par les banques et les particuliers, ces pièces sont aujourd'hui courantes, à l'exception des dates rares. Pour les comparer à leurs équivalents français, ouvrez les fiches Coq et Napoléon III, ainsi que les pages monnaies en or et monnaies étrangères.